Obligation d'accessibilité numérique : le guide de gouvernance
En Bref : L'essentiel à retenir
- Sur 7 560 sites publics analysés par l'Observatoire de la Fédération des Aveugles de France, 0,58 % sont totalement conformes : l'obligation existe, le pilotage manque.
- L'obligation d'accessibilité numérique concerne le secteur public, les entreprises dépassant 250 millions d'euros de chiffre d'affaires en France et, depuis le 28 juin 2025 (EAA), de nombreux services privés.
- Trois documents sont exigibles : déclaration d'accessibilité, schéma pluriannuel (3 ans maximum) et plan d'action annuel. Seuls 6,1 % des sites publics analysés publient un schéma.
- La production de l'accessibilité se délègue, la responsabilité de son pilotage non : sponsor de direction, référent outillé et indicateurs suivis dans la durée.
L'obligation d'accessibilité numérique est connue. Son pilotage, beaucoup moins. L'Observatoire de la Fédération des Aveugles de France, qui suit 7 560 sites publics, ne relève que 0,58 % de sites totalement conformes et 6,1 % de schémas pluriannuels publiés. Autrement dit : même là où l'obligation s'applique depuis des années, la conformité ne survit pas sans gouvernance. Cet article s'adresse aux directions, responsables conformité et chefs de projet : qui est concerné, quels documents produire, quels rôles installer, quels indicateurs suivre, et par quoi commencer pendant les 90 premiers jours.
Pourquoi l'obligation d'accessibilité numérique se pilote comme un risque
Les conseils d'administration et comités de direction ont appris à gouverner la protection des données, la cybersécurité et, plus récemment, le risque lié à l'IA. L'accessibilité numérique, elle, reste le plus souvent traitée comme un sujet technique délégué aux équipes web. TetraLogical, cabinet de conseil britannique, résume l'écart en une phrase : la production de l'accessibilité peut être déléguée, la responsabilité de la surveillance du risque non. Les principes de gouvernance d'entreprise du G20 et de l'OCDE placent d'ailleurs la supervision des risques non financiers dans les attributions du conseil.
Le risque n'est pas théorique. Une non-conformité expose à des sanctions administratives, mais aussi à des coûts moins visibles : clients qui ne peuvent pas finaliser leurs démarches, appels au support évitables, appels d'offres perdus faute de conformité documentée, remédiation en urgence avant un lancement. À l'inverse, certains grands acteurs en font un argument : le groupe HSBC présente son accessibilité numérique comme un avantage concurrentiel qui le différencie sur son marché.
Le chiffre de 0,58 % de conformité totale raconte la même histoire vue d'en bas : sans sponsor, sans indicateurs et sans revue régulière, l'accessibilité retombe après chaque audit. C'est un phénomène documenté d'accumulation de dette, pas une fatalité.
Qui est concerné par l'obligation d'accessibilité numérique ?
Trois périmètres se superposent en France :
- Le secteur public : État, collectivités, établissements publics et organismes délégataires d'une mission de service public, soumis au RGAA 4.1.2 (avril 2023) au titre de l'article 47 de la loi du 11 février 2005.
- Les grandes entreprises : les entreprises dont le chiffre d'affaires réalisé en France dépasse 250 millions d'euros sont soumises aux mêmes obligations de conformité et de publication.
- Les services couverts par l'EAA : depuis le 28 juin 2025, l'European Accessibility Act (directive 2019/882) impose l'accessibilité de nombreux services privés (commerce en ligne, banque, transport, communications électroniques, livres numériques), hors micro-entreprises de moins de 10 salariés réalisant au plus 2 millions d'euros de chiffre d'affaires.
Les régimes de contrôle diffèrent : l'Arcom côté obligations publiques et assimilées, la DGCCRF côté services couverts par l'EAA. Les montants et mécanismes de sanction sont détaillés dans notre article dédié aux deux régimes de sanctions RGAA et EAA. Retenez surtout leur logique commune : ce qui est sanctionné en premier, c'est l'absence de démarche documentée, pas l'imperfection technique.
Quels documents publier ? Déclaration, schéma pluriannuel, plan annuel
La partie la plus objectivable de l'obligation tient en trois documents, tous publics :
| Document | Contenu | Rythme |
|---|---|---|
| Déclaration d'accessibilité | Taux de conformité mesuré, dérogations | Par site, mise à jour après audit |
| Schéma pluriannuel | Stratégie, moyens, périmètre | 3 ans maximum |
| Plan d'action annuel | Actions et échéances de l'année | Annuel |
C'est ici que l'écart entre obligation et pratique est le plus mesurable : sur les 7 560 sites suivis par l'Observatoire, 31 % publient une déclaration d'accessibilité et 6,1 % un schéma pluriannuel. Une déclaration jamais mise à jour est d'ailleurs le symptôme le plus fiable d'une démarche sans pilote : le document a été produit une fois, puis la gouvernance s'est arrêtée.
Pour la méthode de rédaction, nous avons deux guides dédiés : rédiger une déclaration d'accessibilité conforme et construire son schéma pluriannuel. Notre générateur de schéma pluriannuel fournit une base de travail gratuite.
Important
Un schéma pluriannuel sans cibles chiffrées ni mécanisme de suivi est un schéma-alibi. Les schémas publiés par de grandes institutions listent des engagements de principe (référent nommé, comité, formations) mais omettent presque toujours l'audit initial du périmètre, les indicateurs de progression et le bilan annuel. Ce sont pourtant les trois éléments qui distinguent une gouvernance d'une déclaration d'intention.
Les rôles : qui porte l'accessibilité dans l'organisation ?
Aucun texte n'impose d'organigramme, mais les démarches qui tiennent dans la durée partagent la même ossature :
- Un sponsor au niveau de la direction. C'est lui qui arbitre les budgets, tranche les conflits de priorité et répond du risque devant les instances. Sans lui, l'accessibilité perd tous ses arbitrages contre les délais de livraison.
- Un référent accessibilité qui coordonne au quotidien : suivi des audits, animation du réseau interne, réponse aux signalements d'utilisateurs. Son rattachement (DSI, communication, conformité) importe moins que son mandat et son temps réellement dédié.
- Un comité transverse réunissant métiers, achats, RH, finances et IT. L'accessibilité traverse toute l'organisation : les achats insèrent les clauses RGAA dans les marchés et contrats fournisseurs, les RH intègrent la formation aux parcours, les équipes produit testent avant chaque lancement.
Un point de culture, enfin, que le consultant Craig Abbott formule bien : les démarches qui commencent et s'arrêtent à la conformité s'essoufflent, parce que les équipes ne comprennent jamais pourquoi elles corrigent. Passer de « corriger l'échec du critère » à « cette icône a besoin d'une description pour fonctionner avec un lecteur d'écran » change l'adhésion. La conformité est un socle, pas un plafond. Nos 7 leçons de terrain sur l'accessibilité en entreprise vont dans le même sens.
Les indicateurs qui font vivre la démarche
Ce qui n'est pas mesuré retombe. Un tableau de bord de gouvernance tient en cinq indicateurs, revus en comité à échéance fixe :
| Indicateur | Ce qu'il révèle |
|---|---|
| Taux de conformité par service | La réalité, pas la moyenne globale |
| Couverture d'audit du périmètre | Ce qu'on ne sait pas encore |
| Fraîcheur des déclarations | Une démarche vivante ou figée |
| Part des marchés avec clause RGAA | La prévention à la source |
| Délai moyen de remédiation | La capacité à corriger |
Deux précisions d'honnêteté. D'abord, le taux de conformité RGAA se calcule sur les critères applicables, critère par critère : un score d'outil automatique n'est pas une conformité légale, et environ 60 % des critères applicables à une page exigent une vérification humaine. Ensuite, la mesure continue n'est pas un luxe : c'est elle qui détecte la régression introduite par une refonte ou un nouveau composant avant qu'elle ne s'installe. Une surveillance d'accessibilité automatisée alimente le tableau de bord entre deux audits ; elle ne remplace jamais l'audit lui-même.
Vos 90 premiers jours de gouvernance accessibilité
Une feuille de route réaliste pour installer le pilotage, sans attendre le grand programme :
- Jours 1 à 30 : l'état des lieux. Inventorier le périmètre (sites, applications, services), lancer un premier scan de chaque service pour cartographier les anomalies, identifier les parcours critiques (souscription, paiement, contact) et vérifier ce qui est déjà publié.
- Jours 31 à 60 : les rôles et les documents. Nommer le sponsor et le référent, réunir le premier comité, mettre à jour ou créer la déclaration d'accessibilité, cadrer le schéma pluriannuel avec des cibles datées.
- Jours 61 à 90 : le tableau de bord. Choisir les cinq indicateurs, installer la mesure récurrente, inscrire l'accessibilité dans les modèles d'appel d'offres et planifier l'audit approfondi des parcours critiques.
Au bout de 90 jours, vous n'êtes pas conforme. Vous êtes gouverné, ce qui est la condition de la conformité : chaque défaut découvert a désormais un propriétaire, un budget et une échéance.
Conclusion
L'obligation d'accessibilité numérique ne se résume ni à un audit ponctuel ni à trois documents publiés une fois. Elle se pilote : un sponsor qui assume le risque, un référent qui anime, des indicateurs qui empêchent la démarche de retomber. Les chiffres de l'Observatoire montrent moins un échec technique qu'un déficit de gouvernance, et c'est une bonne nouvelle : la gouvernance s'installe plus vite qu'on ne corrige dix ans de dette.
Commencez par l'état des lieux : lancez un scan gratuit de vos services pour obtenir la première cartographie, celle que votre comité examinera à sa première réunion.
Questions fréquentes
Quelles sont les obligations d'accessibilité numérique en France ?
Les organismes publics et les entreprises dont le chiffre d'affaires en France dépasse 250 millions d'euros doivent rendre leurs services numériques conformes au RGAA 4.1.2 et publier une déclaration d'accessibilité, un schéma pluriannuel et un plan d'action annuel. Depuis le 28 juin 2025, l'European Accessibility Act ajoute des obligations pour de nombreux services privés (e-commerce, banque, transport).
Quels documents d'accessibilité faut-il publier ?
Trois documents : la déclaration d'accessibilité (par site ou service, avec le taux de conformité mesuré), le schéma pluriannuel de mise en accessibilité (portée de 3 ans maximum) et le plan d'action de l'année en cours. La mention du niveau de conformité doit aussi apparaître sur la page d'accueil.
Qui doit porter l'accessibilité numérique dans une organisation ?
Un sponsor au niveau de la direction, qui assume la responsabilité du risque, et un référent accessibilité qui coordonne au quotidien, appuyés par un comité transverse (métiers, achats, RH, IT). La production peut être déléguée à des prestataires, la responsabilité du pilotage non.
Guides RGAA associés
Pour aller plus loin sur les sujets abordés dans cet article, consultez nos fiches techniques :
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Le contraste entre la couleur du texte et la couleur de son arrière-plan doit être suffisamment élevé (4.5:1 pour le texte normal, 3:1 pour le grand texte).
Vidéos RGAA sur ce thème
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