WCAG 3 : le nouveau modèle de conformité et l'audit RGAA
En Bref : L'essentiel à retenir
- Le brouillon WCAG 3 du 10 septembre 2026 remplace les niveaux bronze, argent et or par un niveau de conformité unique, placé au tier 3 d'une échelle de six tiers de reporting.
- Pour être conforme à WCAG 3, un contenu devra satisfaire toutes les exigences dites « core » ; le W3C ne prévoit pas de version finale avant plusieurs années, et les WCAG 2 ne seront pas dépréciées avant plusieurs années après cette finalisation.
- WCAG-EM 2.0, publiée par le W3C le 23 juillet 2026, étend la méthode d'évaluation aux applications, documents et bornes, avec un échantillon aléatoire de 10 %.
- La méthode RGAA 4.1.2 impose déjà un tirage aléatoire d'au moins 10 % des pages et l'audit des processus complets : l'écart avec WCAG-EM 2.0 est faible.
- Aujourd'hui, rien ne change dans vos obligations : un audit français reste mené sur le RGAA 4.1.2, fondé sur les WCAG 2.1.
Vous avez peut-être lu que WCAG 3 notera les sites en bronze, argent et or. C'était vrai dans d'anciens brouillons. Ce ne l'est plus : le brouillon publié par le W3C le 10 septembre 2026 revoit en profondeur son modèle de conformité, et une bonne partie de ce qui circule en ligne décrit un projet déjà abandonné.
Sept semaines plus tôt, le W3C avait aussi publié WCAG-EM 2.0, sa méthode d'évaluation, restée figée plus de dix ans. Ce qui suit fait le point sur les deux textes, les compare à la méthode d'audit du RGAA, et sépare ce qui change pour vous aujourd'hui de ce qu'il suffit de surveiller.
Où en est WCAG 3 en septembre 2026 ?
WCAG 3 reste un brouillon de travail (Working Draft). La version du 10 septembre 2026 est la dernière en date, et le W3C l'écrit sans détour dans sa page d'introduction, mise à jour le 25 septembre 2026 : WCAG 3 ne sera pas une norme achevée avant plusieurs années.
Le même jour, Shawn Lawton Henry, directrice de la WAI (l'initiative accessibilité du W3C), a publié un billet qui explique les choix du brouillon. Son fil directeur : WCAG doit arbitrer entre les besoins des utilisateurs et ce qui est réaliste à mettre en œuvre. Elle prend l'exemple de la langue des signes, reconnue comme un besoin mais trop coûteuse pour devenir une exigence de conformité.
Trois points cadrent la suite :
- WCAG 3 ne remplacera pas les WCAG 2, et le W3C précise que celles-ci ne seront pas dépréciées avant plusieurs années après la finalisation de WCAG 3. Les deux coexisteront longtemps.
- Le périmètre s'élargit : WCAG 3 vise le contenu web, les applications, les outils, l'édition et les technologies émergentes. D'où le changement de nom, W3C Accessibility Guidelines au lieu de Web Content Accessibility Guidelines, en gardant le sigle.
- Un contenu conforme aux WCAG 2.2 niveaux A et AA devrait satisfaire l'essentiel du niveau minimal de WCAG 3, mais pas tout : de nouveaux tests et une autre mécanique d'évaluation demanderont du travail supplémentaire.
Le conseil du W3C tient en une ligne : la meilleure préparation à WCAG 3, c'est de respecter les WCAG 2.2 maintenant.
Bronze, argent, or : pourquoi ces niveaux ont disparu de WCAG 3
Le brouillon de septembre 2026 abandonne la note à trois médailles. Il la remplace par trois mécanismes qui s'emboîtent.
Un seul niveau de conformité
Il n'existe plus qu'un niveau de conformité. Pour l'atteindre, un contenu doit satisfaire toutes les exigences marquées core. Alastair Campbell, co-président du groupe de travail du W3C qui rédige les WCAG, le situe dans son analyse du brouillon : ce niveau équivaut à peu près aux WCAG 2.2 A et AA, avec des renforts pour la basse vision, le handicap cognitif et le handicap auditif.
Finie l'échelle A, AA, AAA. Les exigences plus ambitieuses deviennent supplemental et ne conditionnent pas la conformité.
Six tiers de reporting autour de ce niveau
Chaque exigence core porte une étiquette selon la gravité de ce qui arrive quand elle n'est pas respectée : dommage physique immédiat, risque (financier, médical, juridique, de vie privée ou de sécurité), barrière qui empêche d'avancer, ou friction qui gêne. Les tiers se construisent sur ces étiquettes :
| Tier | Ce qu'il exige |
|---|---|
| 1 | Exigences « dommage physique » et « risque » |
| 2 | Tier 1 + exigences « barrière » |
| 3 (conformité) | Toutes les exigences core |
| 4 et 5 | Core + exigences supplemental et assertions |
| 6 | Tier 5 + assertions sur l'organisation |
Le nombre d'exigences supplemental et d'assertions attendu aux tiers 4 à 6 reste à définir, selon la page d'introduction.
L'idée est de rendre visible le chemin parcouru sans toucher au seuil. Un site qui lève d'abord tous les blocages graves peut le déclarer, sans prétendre à une conformité qu'il n'a pas.
Des assertions sur les processus
Les tiers supérieurs font entrer des assertions : des engagements vérifiables sur la manière de travailler plutôt que sur le contenu lui-même. Alastair Campbell cite les tests avec des utilisateurs et la formation des équipes.
Note
Le brouillon distingue la conformance (le contenu satisfait-il les exigences ?) de la compliance (respecte-t-il une obligation légale ?). Shawn Lawton Henry résume : le W3C fournit la règle graduée, les lois fixent les règles. Les étiquettes permettent à un régulateur d'inclure ou d'exclure des exigences selon le contexte, par exemple d'en imposer davantage aux services publics essentiels.
Une réserve de taille : le brouillon présente aussi une proposition alternative, qui calculerait un score à partir de ces étiquettes. Rien n'est tranché, et c'est précisément sur ce point que le W3C sollicite des avis : le modèle à tiers améliore-t-il les précédents, et comment l'utiliseriez-vous dans votre rôle ? Les commentaires se déposent sous forme de tickets dans le dépôt GitHub de WCAG 3, ou par courriel à public-agwg-comments@w3.org, un sujet par message.
WCAG-EM 2.0 : la méthode d'évaluation du W3C mise à jour
WCAG-EM décrit comment évaluer un produit numérique au regard des WCAG. La version 2.0, publiée comme note du W3C le 23 juillet 2026, est sa première mise à jour majeure depuis plus de dix ans.
Les cinq étapes restent les mêmes :
- Définir le périmètre de l'évaluation et le niveau visé.
- Explorer le produit : gabarits, fonctionnalités essentielles, technologies utilisées.
- Sélectionner un échantillon représentatif.
- Évaluer cet échantillon, y compris les processus complets.
- Rédiger le rapport.
Le vrai changement porte sur la portée. La méthode ne se limite plus aux sites web : elle couvre les applications web, les applications mobiles, les bornes, les livres numériques et les documents PDF, Word ou EPUB, avec des règles d'échantillonnage pour les produits qui n'ont pas d'URL. L'échantillon combine une sélection structurée et un tirage aléatoire équivalant à 10 % de cette sélection. Le rapport peut désormais inclure des scores agrégés et un format lisible par machine.
RGAA, WCAG-EM 2.0 et WCAG 3 : comparatif des trois approches
La méthode d'évaluation du RGAA 4.1.2, publiée par la DINUM, ressemble déjà beaucoup à WCAG-EM 2.0. La rupture viendra de WCAG 3.
| Point de comparaison | RGAA 4.1.2 | WCAG-EM 2.0 | Brouillon WCAG 3 |
|---|---|---|---|
| Statut | Référentiel légal FR | Note W3C (juil. 2026) | Brouillon (sept. 2026) |
| Base technique | WCAG 2.1 | WCAG 2 | Nouvelles exigences |
| Pages imposées | 7 types obligatoires | Aucune liste fixe | Non défini |
| Échantillon aléatoire | Au moins 10 % | 10 % du structuré | Non défini |
| Processus complets | Oui | Oui | Non défini |
| Résultat | Taux de conformité | Verdicts par critère | Tier atteint |
| Niveaux | Total, partiel, non | A, AA, AAA | Niveau unique + tiers |
Trois constats se dégagent.
La méthode française était en avance sur l'échantillon. Les sept pages obligatoires (accueil, contact, mentions légales, accessibilité, plan du site, aide, authentification), les processus complets et le tirage aléatoire d'au moins 10 % figurent déjà dans le RGAA. WCAG-EM 2.0 formalise au niveau international ce qu'un auditeur RGAA pratique déjà.
Le résultat, en revanche, ne se calcule pas de la même façon. Le RGAA produit un taux : les critères validés divisés par les critères applicables, un critère n'étant validé que s'il l'est sur toutes les pages de l'échantillon. WCAG 3 raisonne en seuil et en tiers. Un site peut progresser d'un tier sans que son taux RGAA bouge, et l'inverse est vrai.
Les assertions n'ont pas d'équivalent dans le RGAA. La déclaration d'accessibilité et le schéma pluriannuel en sont les cousins les plus proches, mais ils décrivent des obligations, pas des tiers de conformité.
Ce qui change pour un audit RGAA aujourd'hui
Rien d'obligatoire. Un audit de conformité d'un site public français reste mené sur le RGAA 4.1.2 (avril 2023), qui repose sur les WCAG 2.1. Ni WCAG 3 ni WCAG-EM 2.0 ne modifient vos obligations actuelles.
Trois habitudes valent pourtant d'être prises dès maintenant.
Documenter l'échantillon comme une preuve
WCAG-EM 2.0 et le RGAA convergent sur un point : un résultat n'a de valeur que si l'on peut dire sur quelles pages il porte. Conservez la justification de chaque page retenue et la façon dont les pages aléatoires ont été tirées. Si un audit est contesté, c'est la première chose qu'on vous demandera.
Côté outil, l'échantillon d'audit assisté de RGAA Checker (offres Découverte et supérieures) propose les pages obligatoires, un regroupement par gabarit et un tirage aléatoire d'au moins 10 %, avec une graine conservée pour que le tirage soit reproductible. Il prépare l'échantillon. L'évaluation des critères, elle, reste en grande partie un travail humain.
Suivre la gravité, pas seulement le taux
Les étiquettes de gravité de WCAG 3 disent une chose que le taux RGAA masque : toutes les non-conformités ne se valent pas. Un bouton de paiement inutilisable au clavier et un titre de page imprécis comptent chacun pour un critère non validé. Classer vos anomalies par impact (blocage, risque, gêne) rend le plan de correction plus défendable, quel que soit le référentiel qui s'appliquera demain. C'est d'ailleurs l'ordre que suivent les tiers 1 et 2 de WCAG 3 : d'abord ce qui met en danger ou expose à un risque, ensuite ce qui bloque.
Interpréter un critère avec méthode
Adrian Roselli décrit, dans un billet de septembre 2026, comment trancher un cas limite : texte normatif, puis documents Understanding, techniques du W3C, et enfin les discussions du groupe de travail sur GitHub. Sa conclusion vaut pour tous les référentiels : « Test everything anyway » (testez quand même, les navigateurs et les technologies d'assistance changent sans cesse). Côté RGAA, le même réflexe consiste à remonter aux critères et tests officiels et au glossaire plutôt qu'à une interprétation de seconde main.
Astuce
Pour préparer la suite, l'effort le plus rentable reste les WCAG 2.2. Six de leurs critères, absents du RGAA 4.1.2, entrent dans la norme européenne EN 301 549 v4.1.1 et devraient logiquement rejoindre le RGAA 5, dont le contenu n'est pas encore publié. Le détail est dans notre article sur les critères WCAG 2.2 que le RGAA ne teste pas.
Conclusion
WCAG 3 change de philosophie : un seuil unique, six tiers pour mesurer la progression, des assertions sur la manière de travailler. Mais c'est un brouillon, le calendrier se compte en années, et les WCAG 2 resteront en vigueur bien après. La directrice de la WAI rappelle au passage que satisfaire les seules exigences minimales ne suffit pas : l'objectif reste une expérience réellement accessible. WCAG-EM 2.0, elle, est publiée, et elle rejoint une méthode que le RGAA applique déjà.
Si vous voulez savoir où se situe votre site par rapport au référentiel en vigueur, lancez une analyse RGAA : elle repère les anomalies sur les critères automatisables et vous indique ceux qui demandent une vérification humaine. Pour replacer ces textes dans l'ensemble du paysage normatif, notre comparatif RGAA vs WCAG détaille ce qui distingue les deux référentiels.
Questions fréquentes
Quand WCAG 3 sera-t-elle publiée ?
Le W3C indique que WCAG 3 ne sera pas une norme achevée avant plusieurs années. Le dernier brouillon de travail date du 10 septembre 2026. En attendant, le W3C recommande de se préparer en respectant les WCAG 2.2.
WCAG 3 utilise-t-elle toujours les niveaux bronze, argent et or ?
Non, plus dans le brouillon de septembre 2026. Ces niveaux venaient de propositions antérieures. Le modèle actuel repose sur un seul niveau de conformité, qui exige toutes les exigences « core », et sur six tiers de reporting : les tiers 1 et 2 décrivent la progression vers la conformité, le tier 3 correspond à la conformité, les tiers 4 à 6 vont au-delà.
Qu'est-ce que WCAG-EM 2.0 ?
C'est la méthode d'évaluation de la conformité aux WCAG publiée par le W3C, mise à jour le 23 juillet 2026. Elle décrit cinq étapes (périmètre, exploration, échantillon, évaluation, rapport) et s'applique désormais aux applications mobiles, aux documents et aux bornes, pas seulement aux sites web.
Les WCAG 2 vont-elles devenir obsolètes avec WCAG 3 ?
Pas avant longtemps. Le W3C indique que WCAG 3 ne remplacera pas les WCAG 2 et que celles-ci ne seront pas dépréciées avant plusieurs années après la finalisation de WCAG 3. Le RGAA 4.1.2, fondé sur les WCAG 2.1, reste le référentiel applicable en France.
Guides RGAA associés
Pour aller plus loin sur les sujets abordés dans cet article, consultez nos fiches techniques :
Chaque image porteuse d'information doit avoir une alternative textuelle pertinente via l'attribut alt. Les images décoratives doivent avoir un attribut alt vide.
L'intitulé de chaque lien doit permettre de comprendre sa destination ou sa fonction, soit par l'intitulé seul, soit par l'intitulé complété par son contexte (phrase, titre de section, item de liste ou cellule de tableau).
Chaque champ de formulaire doit avoir une étiquette (label) qui lui est liée explicitement.
Vidéos RGAA sur ce thème
Pour voir ces sujets en action, regardez les épisodes vidéo correspondants :
Articles similaires
Votre site est-il conforme ?
Ne prenez pas de risques avec l'accessibilité. Lancez un audit complet de votre site en quelques minutes et obtenez un rapport détaillé des corrections à apporter.