Design & Contenu22 octobre 20264 min

Aphasie : le handicap que vos formulaires ne prennent pas

En Bref : L'essentiel à retenir

  • Plus de 300 000 personnes sont aphasiques en France selon la Fédération nationale des aphasiques, avec 30 000 à 40 000 nouveaux cas par an après un AVC.
  • L'aphasie touche la compréhension de l'écrit autant que celle de la parole : ce n'est pas un trouble de l'intelligence ni de l'audition.
  • Les délais imposés sont le point de blocage le plus fréquent, devant la complexité du vocabulaire.
  • Les réglages qui aident relèvent du FALC et du contrôle des limites de temps, deux sujets que le RGAA traite déjà.
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L'accessibilité numérique parle beaucoup de vue, d'audition et de motricité. Elle parle peu du langage, alors qu'un trouble acquis du langage concerne, en France, davantage de personnes que la cécité.

La Fédération nationale des aphasiques de France recense plus de 300 000 personnes aphasiques, et compte entre 30 000 et 40 000 nouveaux cas par an parmi les suites d'accident vasculaire cérébral. Ces chiffres n'apparaissent quasiment jamais dans les discussions sur l'accessibilité web.

Ce que l'aphasie est, et ce qu'elle n'est pas

L'aphasie est un trouble acquis du langage, le plus souvent consécutif à un AVC, parfois à un traumatisme crânien ou à une tumeur. Elle atteint à des degrés variables quatre capacités distinctes : parler, comprendre la parole, lire, écrire. Une même personne peut comprendre parfaitement et ne plus retrouver ses mots, ou l'inverse.

Deux malentendus tenaces méritent d'être levés d'emblée, parce qu'ils orientent mal les corrections.

Ce n'est pas un trouble de l'intelligence. Les compétences, la mémoire des faits, le jugement restent intacts. Simplifier une page ne veut donc pas dire l'appauvrir ni s'adresser à l'utilisateur comme à un enfant.

Ce n'est pas un trouble de l'audition. Ajouter des sous-titres ou une synthèse vocale ne résout rien si le texte reste complexe : le problème est le décodage du langage, quel que soit le canal.

Les cinq points qui bloquent sur un site

Les délais imposés. C'est le premier obstacle, et de loin. Une session qui expire, un panier qui se vide, un code de confirmation valable soixante secondes : la lecture demande plus de temps, et le compte à rebours transforme une difficulté en échec. Le critère RGAA 13.1 demande précisément que l'utilisateur ait le contrôle de chaque limite de temps modifiant le contenu.

Les phrases longues. Une subordonnée, une incise, une double négation multiplient le coût de décodage. « Vous ne pouvez pas ne pas fournir ce document » est compréhensible pour la plupart des lecteurs et infranchissable pour beaucoup d'autres.

Le vocabulaire administratif. « Attestation de droits », « pièce justificative de domicile », « recevabilité » : ces termes n'ont pas de synonyme courant dans l'esprit du rédacteur, ils en ont un dans celui de l'usager.

L'absence de repère visuel. Un pictogramme parlant, une illustration à côté d'une étape, une mise en page qui isole une idée par bloc : ces appuis compensent une partie de l'effort de lecture. Une page dense de texte gris ne laisse aucune prise.

Le formulaire long sans progression. Ne pas savoir combien d'étapes restent, ne pas pouvoir enregistrer et revenir : le parcours devient une épreuve de mémoire autant que de langage.

Ce que le RGAA couvre, et ce qu'il ne couvre pas

Le référentiel traite une partie du sujet par le contrôle des limites de temps et par les exigences de structure, mais il ne prescrit pas la simplicité du langage. C'est une limite qu'il faut connaître : un site parfaitement conforme peut rester illisible pour une personne aphasique.

Le relais existe et il est français : le FALC, facile à lire et à comprendre, dont nous détaillons les règles dans notre guide sur le FALC et l'application concrète dans nos exemples de textes avant-après. Le FALC n'est pas obligatoire au titre du RGAA, il est en revanche ce qui rend une page réellement utilisable pour ce public.

Six réglages qui changent quelque chose

  • Une idée par phrase, une phrase par ligne quand c'est possible.
  • Le mot courant plutôt que le terme exact : « papier qui prouve où vous habitez » avant « justificatif de domicile », ou les deux.
  • Pas de délai contraint sur une lecture ou une saisie, ou une extension proposée avant expiration.
  • L'enregistrement en cours de route sur tout formulaire de plus de deux écrans.
  • Un pictogramme à côté du texte, pas à la place.
  • Une seule action par écran, clairement nommée par ce qu'elle fait.

Aucun de ces réglages ne dégrade l'expérience des autres utilisateurs. C'est l'argument le plus solide à porter en arbitrage : ils ne créent pas un parcours parallèle, ils améliorent le parcours commun. Notre article sur la conception pour les handicaps cognitifs élargit le raisonnement aux autres troubles.

Conclusion

L'aphasie est un angle mort confortable : elle ne se voit pas dans un rapport d'audit automatique, elle ne déclenche aucun critère en échec, et la personne concernée abandonne sans se signaler. C'est précisément pour cela qu'elle mérite d'être nommée dans les revues de conception.

Analysez votre page pour traiter d'abord ce qui se mesure, structure de titres, étiquettes, limites de temps. La lisibilité du texte, elle, se juge en le faisant lire, et c'est le genre de test dont on ressort avec plus de corrections que prévu.

Chiffres cités d'après la page « l'aphasie en chiffres » de la Fédération nationale des aphasiques de France.

Questions fréquentes

Qu'est-ce que l'aphasie et combien de personnes concerne-t-elle ?

L'aphasie est un trouble acquis du langage : elle affecte, à des degrés variables, la compréhension et la production de la parole comme de l'écrit. La Fédération nationale des aphasiques de France recense plus de 300 000 personnes aphasiques dans le pays, pour 30 000 à 40 000 nouveaux cas par an à la suite d'un accident vasculaire cérébral. Ce n'est ni un trouble de l'intelligence, ni un trouble de l'audition.

En quoi l'aphasie change-t-elle la lecture d'un site web ?

La compréhension de l'écrit est atteinte au même titre que celle de la parole. Une phrase longue, une double négation, un mot rare ou une tournure administrative deviennent coûteux à décoder, et le coût augmente avec la fatigue. Les délais imposés sont particulièrement pénalisants : une session qui expire pendant la lecture oblige à tout reprendre.

Les mesures utiles à l'aphasie profitent-elles à d'autres ?

Oui, très largement. Phrases courtes, vocabulaire courant, une idée par paragraphe, absence de délai contraint : ces réglages servent aussi les personnes dyslexiques, les personnes en situation de fatigue cognitive, celles dont le français n'est pas la langue première, et n'importe qui lisant sur un téléphone dans un transport. C'est le principe même du FALC.

Votre site est-il conforme ?

Ne prenez pas de risques avec l'accessibilité. Lancez un audit complet de votre site en quelques minutes et obtenez un rapport détaillé des corrections à apporter.