Design & Contenu8 juillet 20269 min

Concevoir pour les personnes sourdes et malentendantes : le guide

En Bref : L'essentiel à retenir

  • L'accessibilité auditive ne se résume pas aux sous-titres : elle couvre tout le parcours, du contenu au support client.
  • La langue des signes est souvent la première langue des personnes sourdes signantes, ce qui fait du langage clair un levier central.
  • Ne réservez jamais le support à l'appel téléphonique seul : prévoyez aussi chat, e-mail et formulaire (cadre EAA, directive 2019/882).
  • La majorité de ces exigences relève d'une évaluation humaine, pas d'un scan automatique.
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On résume trop souvent l'accessibilité auditive aux sous-titres, en oubliant la personne derrière l'écran. Cet article part des besoins réels des personnes sourdes et malentendantes pour penser un parcours entier, pas une seule fonctionnalité. Vous saurez quand prévoir une alternative à un son, pourquoi simplifier vos textes, et comment éviter le piège du support uniquement téléphonique. Commençons par une question de vocabulaire qui change la façon de concevoir.

Note

En bref : les sous-titres sont un point de départ, pas la solution complète. La langue des signes est souvent la première langue, d'où l'importance d'un langage clair. Ne réservez jamais le support à l'appel téléphonique seul. Et gardez en tête que la plupart de ces exigences se valident à la main, pas avec un scan.

Cet article s'inspire d'une publication de TetraLogical, « Designing for people who are D/deaf » (17 juin 2026), transposée au contexte français, au RGAA et au cadre légal européen.

Sourd, malentendant, Sourd avec un grand S : de qui parle-t-on ?

Le mot « surdité » recouvre des réalités très différentes. Surdité profonde, malentendance partielle, surdité d'une seule oreille, acouphènes, presbyacousie liée à l'âge : les usages et les attentes ne sont pas les mêmes d'une personne à l'autre.

Il y a aussi une dimension culturelle. Une partie des personnes concernées se reconnaît dans la communauté Sourde, écrite avec un S majuscule, qui se définit par une langue et une culture partagées. D'autres vivent une perte auditive sans s'identifier à cette communauté. Concevoir, ce n'est donc pas combler un déficit. C'est servir des personnes aux pratiques variées.

Ce point a une conséquence directe en France. La Langue des Signes Française (LSF) est reconnue comme une langue à part entière par la loi du 11 février 2005. Pour une partie des personnes qui signent, le français écrit n'est pas la langue maternelle, mais une langue seconde. Cela explique pourquoi le langage clair, que nous verrons plus loin, n'est pas un confort mais un accès.

Les sous-titres ne suffisent pas : repenser tout l'audio

Le réflexe « j'ai mis des sous-titres, c'est réglé » passe à côté de l'essentiel. Une information transmise par le son doit toujours exister sous une autre forme.

Une alternative pour chaque son porteur d'information

Trois leviers se complètent :

  • La transcription textuelle, qui restitue l'intégralité du contenu parlé et des sons utiles.
  • Les sous-titres synchronisés, utiles aussi pour la lecture labiale quand le visage du locuteur reste visible à l'écran.
  • La description des sons signifiants, une porte qui claque, une alarme, une musique d'ambiance qui pose une intention.

La technique de production des sous-titres mérite un guide à part entière. Pour les paramètres, le code couleur et le workflow, voyez notre guide des sous-titres conformes au RGAA et à la Charte Arcom et notre article sur la conformité vidéo et accessibilité.

Remplacer les alertes sonores

Un signal qui repose seulement sur un son exclut de fait une partie des utilisateurs. Doublez chaque alerte sonore par un repère visible, un retour haptique sur mobile, ou un message texte. Et rendez ces réglages faciles à trouver, pas enfouis dans le troisième sous-menu des paramètres.

Côté référentiel, ces points relèvent de la famille 4 du RGAA 4.1.2 (avril 2023) pour le multimédia. Attention cependant : qu'une alternative existe est vérifiable par une machine, mais sa pertinence reste un jugement humain.

Découvrabilité : une alternative que personne ne trouve n'existe pas

Vous pouvez produire une transcription parfaite et une vidéo en LSF irréprochable. Si l'utilisateur ne les trouve pas, le travail est perdu.

Placez l'alternative à côté du contenu, pas trois clics plus loin. Nommez-la clairement : « Vidéo en Langue des Signes Française » parle, un sigle isolé non. Associez une icône à un texte plutôt qu'une icône seule. Gardez la même position et le même libellé d'un bout à l'autre du produit, pour que l'utilisateur apprenne le repère une fois et le retrouve partout.

Langage clair et LSF : écrire pour une langue seconde

Puisque le français écrit est une langue seconde pour une partie des personnes signantes, un texte dense devient un mur. Le langage clair profite d'ailleurs à tout le monde.

Quelques principes simples :

  • Des phrases courtes et un vocabulaire courant.
  • Les acronymes explicités à leur première occurrence.
  • Une structure lisible, avec des titres et des listes.
  • Des visuels et infographies contrastés qui renforcent le sens du texte.

Pour les contenus essentiels comme les démarches administratives ou les informations juridiques, envisagez une interprétation en LSF. Si vous passez par une traduction automatique, vérifiez sa fiabilité avant publication : une signature approximative peut tromper plus qu'elle n'aide. Pour aller plus loin sur la simplification, voyez notre article sur le design pour les handicaps cognitifs et nos conseils de rédaction web accessible.

Formulaires : réduire la pénalité orthographique

Un formulaire qui exige une orthographe parfaite pénalise les personnes pour qui le français écrit est une langue seconde. Ce n'est pas leur compétence qui est en jeu, c'est votre conception.

Deux réflexes aident :

  • Privilégier les options prédéfinies, boutons radio, cases à cocher, listes déroulantes, plutôt que la saisie libre quand c'est possible.
  • Proposer des suggestions et une tolérance orthographique dans les champs de recherche. Si quelqu'un tape une variante approximative de « taxe foncière », proposez la bonne entrée au lieu de renvoyer zéro résultat.

Ces aides à la saisie se rattachent à la famille 11 du RGAA. Là encore, l'outil vérifie la présence d'un mécanisme, mais l'utilité réelle de l'aide se confirme auprès d'utilisateurs.

Tout le parcours, pas seulement les pages

L'accessibilité ne s'arrête pas au dernier pixel de l'écran. Si la seule façon de joindre votre support est un numéro de téléphone, vous fermez la porte à une partie de vos utilisateurs.

Prévoyez plusieurs canaux : chat, e-mail, formulaire de contact. Offrez aussi des alternatives à la vérification d'identité par appel ou par enregistrement vidéo, qui peuvent être inadaptées.

C'est précisément l'esprit de l'EAA (European Accessibility Act, directive 2019/882, applicable depuis le 28 juin 2025, adossée à la norme EN 301 549). Elle couvre des services comme la banque, le commerce en ligne ou les transports, et attend des canaux d'assistance réellement accessibles. Le détail des handicaps et de leurs besoins est repris dans notre panorama des quatre types d'accessibilité web.

Impliquer des personnes sourdes dans la conception

On conçoit mieux avec les personnes concernées que pour elles. Construisez des personas inclusifs, mais surtout testez avec de vraies personnes sourdes et malentendantes, et associez-les en amont.

C'est ce qui distingue un produit pensé pour un public supposé d'un produit pensé avec lui. La nuance paraît mince. Elle change tout au résultat.

Ce qu'un outil automatise, ce qui reste humain

Soyons honnêtes sur les limites de l'automatisation. Un scan repère l'absence d'une piste de sous-titres ou de transcription, des incohérences de structure, des libellés manquants. C'est utile, et c'est rapide.

Mais un automate ne juge pas la qualité d'une interprétation en LSF, la clarté d'un texte, la pertinence d'une alternative, ni l'inclusivité d'un parcours de support. Ces dimensions demandent un regard humain.

RGAA Checker aide sur la partie automatisable et vous fait gagner du temps sur la base de travail, par exemple en générant des sous-titres que vous reprenez ensuite à la main. Mais l'accessibilité réelle se construit avec une évaluation humaine, et un bon score reste un jalon de votre parcours, pas une déclaration de conformité légale. Pour situer où vous en êtes, lancez un audit automatique gratuit et traitez-le comme un point de départ, pas comme une ligne d'arrivée.

Conclusion

Concevoir pour les personnes sourdes et malentendantes, c'est sortir de la case « sous-titres » pour penser l'ensemble du parcours : le contenu, la langue, les formulaires, et jusqu'au support client. Les sous-titres automatiques sont un brouillon, pas une réponse, comme le détaille notre analyse du sous-titrage automatique face au RGAA. Le vrai test ? Demandez-vous, à chaque étape, comment quelqu'un qui n'entend pas vivrait ce moment précis du parcours.

Questions fréquentes

Les sous-titres automatiques suffisent-ils pour les personnes sourdes ?

Non. Les sous-titres générés automatiquement manquent souvent de ponctuation, n'identifient pas les locuteurs et ignorent les sons signifiants, avec un taux d'erreur réel. Ils constituent une base à relire et corriger par un humain, jamais un résultat publiable tel quel.

La langue des signes française est-elle obligatoire sur un site web ?

Il n'existe pas d'obligation générale d'interpréter tout le contenu d'un site en LSF. Une version signée est surtout recommandée pour les contenus essentiels (démarches, informations juridiques). La LSF est reconnue comme une langue à part entière par la loi du 11 février 2005.

Quels critères RGAA concernent les personnes sourdes et malentendantes ?

Principalement la famille 4 du RGAA 4.1.2 (multimédia : transcriptions, sous-titres, audiodescription), mais aussi la famille 11 (aide à la saisie dans les formulaires) et le langage clair, ce dernier relevant en grande partie d'une évaluation humaine.

Un outil automatique seul rend-il un parcours accessible aux personnes sourdes ?

Non. Un scan détecte des absences techniques comme une piste de sous-titres manquante ou des libellés vides. La pertinence d'une alternative, la clarté d'un texte et l'inclusivité d'un canal de support se vérifient avec des personnes concernées, pas avec un automate. L'EAA (directive 2019/882, applicable depuis le 28 juin 2025) attend d'ailleurs des canaux d'assistance qui ne reposent pas uniquement sur l'appel téléphonique.

Votre site est-il conforme ?

Ne prenez pas de risques avec l'accessibilité. Lancez un audit complet de votre site en quelques minutes et obtenez un rapport détaillé des corrections à apporter.