Technique24 juin 20266 min

Intitulé de lien accessible RGAA : le bon critère en audit

En Bref : L'essentiel à retenir

  • Le contraste du texte d'un lien se signale sur le critère RGAA 3.2 (texte), pas sur 3.3 (composants d'interface).
  • Le critère 3.2 exige 4.5:1 pour le texte normal et 3:1 pour le grand texte. Un lien « En savoir plus » mesuré à 2.47:1 est insuffisant.
  • N'écrivez pas « Lien vers » ni « Aller sur le site de » : le lecteur d'écran annonce déjà le rôle « lien ».
  • Le critère 6.1 vérifie la pertinence de l'intitulé (explicite hors contexte) ; le critère 6.2 vérifie la présence d'un intitulé accessible.
  • Un scan automatique mesure le contraste (3.2) et la présence d'intitulé (6.2), mais la pertinence (6.1) reste un jugement humain.
RGAAWCAGNavigationAuditContrasteAccessibilité

Un lien échoue à un audit RGAA. Avant même de le corriger, une question se pose : sur quel critère le signaler ? La réponse tient dans une grille simple. Un problème de lien appartient presque toujours à l'une de deux familles, et chaque famille cache deux critères qu'on confond souvent. Voici cette grille de lecture, illustrée par des cas concrets repérés en audit, avec un tableau de décision à garder sous la main.

Deux familles, quatre critères : la grille de lecture

Un défaut sur un lien se range d'abord dans une famille :

  • Un problème de couleur relève de la thématique 3 du RGAA. Deux critères y répondent : le 3.2 (contraste du texte) et le 3.3 (contraste des composants).
  • Un problème d'intitulé relève de la thématique 6. Deux critères encore : le 6.2 (présence d'un intitulé) et le 6.1 (pertinence de cet intitulé).

Toute la difficulté d'un audit de liens tient à ces quatre cases. Se tromper de critère, c'est rendre une correction inapplicable au développeur qui lira le rapport. Reprenons chaque fourche.

Contraste : la règle du texte (3.2), pas celle du composant (3.3)

Quand le contraste d'un lien est en cause, le réflexe est de penser « composant », donc critère 3.3 et son seuil de 3:1. C'est presque toujours une erreur.

Un lien est certes un composant d'interface, mais l'objet du litige n'est ni sa bordure ni une icône : c'est son texte. Et un texte se mesure avec la règle du texte, le critère 3.2, plus exigeant :

  • 4.5:1 pour le texte normal (moins de 24px, ou moins de 18,5px en gras)
  • 3:1 pour le grand texte (au moins 24px, ou 18,5px en gras)

La logique est simple : un texte doit être lisible par tous, là où un composant non textuel doit seulement être perceptible.

Repéré en audit : un lien « En savoir plus » en blanc sur bleu clair, mesuré à 2.47:1, signalé à tort sous le critère 3.3. Sous 24px, il devait atteindre 4.5:1 au titre du 3.2. Cas tiré d'une brève d'audit Access42.

Pour lever le doute sur un ratio, notre calculateur de contraste gratuit donne le verdict 3.2 en quelques secondes. Pour approfondir, voir notre article sur la conformité des contrastes au-delà du ratio 4.5:1.

Intitulé : la présence (6.2) puis la pertinence (6.1)

Côté texte du lien, deux critères se suivent. Le 6.2 vérifie la présence d'un intitulé accessible : test binaire, il y en a un ou non. Un lien vide, ou un lien image sans alternative, échoue ici.

Le 6.1 va plus loin et vérifie la pertinence : l'intitulé doit être explicite hors contexte, en s'appuyant sur le critère WCAG 2.4.4 (Link Purpose in Context). Un « En savoir plus » répété dix fois a bien un intitulé (6.2 satisfait) mais reste creux hors contexte (6.1 en défaut). De même, un « cliquez ici » n'indique ni la destination ni la fonction une fois sorti de la page.

Astuce

Pour tester la pertinence, isolez mentalement chaque lien de son contexte, comme le fait un lecteur d'écran qui liste les liens d'une page. Si l'intitulé seul ne dit pas où il mène, le critère 6.1 est concerné.

La pertinence, c'est aussi savoir ne rien ajouter de superflu. Préfixer un intitulé de « Lien vers », « Aller sur le site de » ou « Cliquer pour » crée une redondance : le rôle « lien » est déjà annoncé par NVDA, JAWS et VoiceOver avant la lecture de l'intitulé. Ces formules supposent en plus une action (le clic) qui ne vaut pas pour toutes les technologies d'assistance : un utilisateur au clavier n'a jamais cliqué.

Repéré en audit : un logo servant de lien vers l'accueil, doté de alt="Lien vers le site de Toto". L'intitulé juste est simplement « Toto ». Cas tiré d'une brève d'audit Access42.

CODE
<!-- À éviter : redondance avec le rôle déjà annoncé -->
<a href="/"><img src="logo.svg" alt="Lien vers le site de Toto"></a>

<!-- Correct : l'alternative de l'image porte l'intitulé du lien -->
<a href="/"><img src="logo.svg" alt="Toto"></a>

Pour un lien image, c'est l'alternative de l'image qui devient l'intitulé. Notre générateur de texte alternatif aide à rédiger des alt qui décrivent le contenu sans périphrase « image de » ou « lien vers ». Et quand un « En savoir plus » déclenche une action plutôt qu'une navigation, c'est peut-être un bouton : notre comparatif bouton ou lien aide à trancher.

Tableau de décision : quel critère RGAA pour quel problème de lien

Voici la grille complète, élargie aux situations voisines des cas ci-dessus. Gardez ce tableau sous la main pendant un audit.

Problème constaté sur le lienCritère RGAASeuil ou exigence
Contraste insuffisant du texte du lien3.24.5:1 (normal) ou 3:1 (grand texte)
Contraste insuffisant d'une bordure ou icône du lien3.33:1
Intitulé vague (« cliquez ici », « en savoir plus ») hors contexte6.1Intitulé explicite hors contexte
Lien sans texte, ou lien image sans alternative6.2Présence d'un intitulé accessible
Préfixe redondant (« Lien vers », « Aller sur le site de »)6.1Qualité de l'intitulé (concision, pertinence)

La ligne de partage est nette : le contraste relève de la thématique 3 (couleurs), l'intitulé de la thématique 6 (liens). À l'intérieur de chacune, distinguez texte (3.2) et composant (3.3), présence (6.2) et pertinence (6.1).

Ce qu'un scan automatique détecte vraiment

Soyons précis sur ce qu'un outil sait faire, et ce qu'il ne sait pas faire.

Un scan mesure le contraste d'un texte de lien et le compare au seuil du critère 3.2 : c'est un calcul déterministe, automatisable et fiable. Il détecte aussi l'absence d'intitulé au titre du critère 6.2 : un lien vide ou une image sans alt se repèrent dans le code.

En revanche, juger qu'un intitulé est explicite hors contexte (critère 6.1) demande de comprendre le sens, la destination et le contexte de la page. Aucun calcul ne tranche cela à votre place. Un « En savoir plus » est syntaxiquement valide mais sémantiquement creux, et seule une relecture humaine le confirme.

C'est la réalité du RGAA : une large part de ses critères reste manuelle, autour de 60 % selon la nature des tests. Un outil ne délivre donc jamais un verdict de conformité, et un score élevé est un jalon de progression, pas une déclaration légale.

Vu sous cet angle, l'automatisation a une vraie valeur : elle débroussaille. Un audit automatique gratuit signale en quelques secondes les liens à contraste insuffisant et les liens sans intitulé, ce qui vous laisse concentrer votre temps d'expert sur la pertinence des intitulés, là où le jugement humain est irremplaçable. Commencez par mesurer, finissez par juger.

Note

Les cas cités illustrent des brèves d'audit publiques d'Access42. Pour la formulation officielle des critères, reportez-vous toujours aux critères et tests du RGAA 4.1.2 (avril 2023), socle français de l'EN 301 549 et de la directive européenne 2019/882 (European Accessibility Act), applicable depuis le 28 juin 2025.

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