Guides Pratiques8 octobre 202613 min

Environnement de test RGAA : quels lecteurs d'écran tester en 2026

En Bref : L'essentiel à retenir

  • La base de référence du RGAA 4.1.2 (arrêtée en 2019) impose NVDA et JAWS sous Firefox (ou Internet Explorer) et VoiceOver sous Safari. Chrome et Edge n'y figurent pas sur ordinateur.
  • Selon l'enquête WebAIM de juillet-août 2026 (1 780 répondants), 52,3 % des utilisateurs de lecteur d'écran naviguent avec Chrome, 23,6 % avec Edge, 0 % avec Internet Explorer. Le couple NVDA + Firefox pèse 9,1 %.
  • Pour une déclaration d'accessibilité RGAA, testez d'abord la base de référence, puis ajoutez JAWS ou NVDA sous Chrome pour l'expérience réelle. Le Luxembourg a déjà modernisé sa base (RAWeb 1.1) ; le RGAA 5 est annoncé pour fin 2026.
RGAALecteurs écranNVDAJAWSVoiceOverAudit

Vous préparez un audit RGAA et la question arrive vite : avec quel lecteur d'écran et quel navigateur tester ? Le référentiel impose une base de référence précise. Les personnes qui utilisent un lecteur d'écran, elles, ont d'autres habitudes, et l'écart s'est creusé.

Cet article met côte à côte ce que demande l'environnement de test du RGAA 4.1.2 et ce que mesure l'enquête WebAIM n°11 publiée en septembre 2026. Vous en sortirez avec une grille de décision : quoi tester, dans quel ordre, selon que vous visez la conformité, l'expérience réelle ou le mobile. Et ce qu'il faut écrire dans votre déclaration d'accessibilité.

Commençons par le texte officiel.

Ce que la base de référence du RGAA 4.1.2 impose

Le RGAA 4.1.2 (avril 2023) définit un « environnement de test », aussi appelé base de référence. Il sert aux critères qui exigent une restitution par une technologie d'assistance, « notamment ceux de la thématique JavaScript ». La règle est formulée ainsi par la DINUM : pour qu'un composant HTML ou WAI-ARIA soit considéré comme compatible avec l'accessibilité, il faut « qu'il soit pleinement fonctionnel, en termes de restitution et de fonctionnalités, sur au moins une des combinaisons suivantes ».

Sur ordinateur, deux combinaisons sont proposées. Elles diffèrent seulement par le lecteur d'écran autorisé à utiliser Internet Explorer.

CombinaisonTechnologie d'assistanceNavigateur
1NVDA (dernière version)Firefox
1JAWS (version précédente)Firefox ou Internet Explorer
1VoiceOver (dernière version)Safari
2JAWS (version précédente)Firefox
2NVDA (dernière version)Firefox ou Internet Explorer
2VoiceOver (dernière version)Safari

Sur mobile, l'environnement de test doit comporter l'une des deux combinaisons : TalkBack (dernière version) avec Chrome sous Android, ou VoiceOver (dernière version) avec Safari sous iOS. Pour « un site web mobile grand public », la DINUM conseille fortement de tester les deux.

Trois précisions comptent en pratique :

  • Les versions de navigateur et de système sont définies par l'auditeur « en concertation avec les responsables du site audité ». Le texte ne fixe aucun numéro de version.
  • Les versions des technologies d'assistance sont la dernière disponible en français, ou la précédente.
  • En environnement maîtrisé (un intranet déployé sur un parc connu, par exemple), la base de référence devient l'ensemble des configurations réellement utilisées, et remplace la base standard.

Ces combinaisons se retrouvent ensuite dans votre déclaration : le modèle obligatoire de la DINUM comporte une rubrique « Environnement de test » où vous indiquez « les combinaisons utilisées pour effectuer les vérifications de conformité ». L'exemple officiel liste « Firefox et NVDA », « Safari et VoiceOver ».

Voilà pour le texte. Il a été arrêté avec le RGAA 4, le 20 septembre 2019. Regardons les usages de 2026.

Ce que les utilisateurs de lecteurs d'écran utilisent en 2026

WebAIM a interrogé 1 780 personnes utilisatrices de lecteur d'écran en juillet et août 2026. L'organisme prévient lui-même que l'échantillon « n'a pas été contrôlé et peut ne pas représenter tous les utilisateurs de lecteurs d'écran » : 54,1 % des répondants vivent en Amérique du Nord, 27,7 % en Europe. Gardez cette réserve en tête, et privilégiez les chiffres européens quand WebAIM les détaille.

Lecteur d'écran principal sur ordinateur

Lecteur d'écranPart des répondants (2026)Rappel 2024
JAWS55,0 %41 %
NVDA32,9 %38 %
VoiceOver6,5 %non précisé
ZoomText / Fusion2,1 %non précisé
Orca1,4 %non précisé
Narrateur0,4 %non précisé

Source : WebAIM, Screen Reader User Survey #11.

JAWS regagne du terrain comme lecteur principal, mais la lecture européenne est différente : en Europe, JAWS (42,8 %) et NVDA (42,3 %) sont au coude-à-coude. En Amérique du Nord, JAWS écrase le débat avec 72,5 % contre 15,6 % pour NVDA.

Autre point souvent oublié : 70,3 % des répondants utilisent plusieurs lecteurs d'écran, et 38,4 % en utilisent trois ou plus. En usage courant (plusieurs réponses possibles), JAWS atteint 69,2 %, NVDA 59,3 %, VoiceOver 42,0 % et le Narrateur de Windows 36,1 %. Le Narrateur n'est presque jamais le lecteur principal, mais plus d'un tiers des répondants s'en servent.

C'est ici que l'écart avec la base de référence saute aux yeux.

Navigateur principalPart des répondants (2026)
Chrome52,3 %
Microsoft Edge23,6 %
Firefox15,9 %
Safari4,8 %
Autres3,5 %

Internet Explorer, encore nommé dans la base de référence française, est à 0 %. Il était à 73 % en 2009, lors de la première enquête WebAIM.

Les couples réellement utilisés, par ordre décroissant :

CouplePart des répondants (2026)
JAWS + Chrome31,2 %
NVDA + Chrome17,3 %
JAWS + Edge17,0 %
NVDA + Firefox9,1 %
NVDA + Edge5,4 %
JAWS + Firefox5,0 %
VoiceOver + Safari4,3 %
VoiceOver + Chrome1,6 %

Le couple de référence du RGAA, NVDA + Firefox, est le quatrième couple réel. Les trois premiers (65,5 % des répondants cumulés) ne figurent pas dans la base de référence française.

Mobile

91,8 % des répondants utilisent aussi un lecteur d'écran sur mobile. iOS domine (73,3 %, et 72 % en Europe) devant Android (24,0 %). VoiceOver est utilisé par 72,2 % des répondants sur mobile, TalkBack par 29,5 %. Sur ce terrain, la base de référence et les usages sont alignés.

Un chiffre à retenir pour vos parcours : pour des tâches comme la banque ou les achats, 54,8 % des répondants préfèrent l'application mobile au site web. Près d'un sur deux (49,0 %) répartit son usage à égalité entre ordinateur et mobile.

L'écart entre la base de référence française et les usages

Mettons les deux faces à face.

PointBase de référence RGAA 4.1.2Usages WebAIM 2026
Internet ExplorerNommé pour JAWS ou NVDA0 %
Chrome sur ordinateurAbsent52,3 % des répondants
EdgeAbsent23,6 % des répondants
NVDA + FirefoxCouple de référence9,1 %
JAWS + ChromeAbsent31,2 % (premier couple)
VoiceOver + Safari (iOS)Combinaison mobile72,2 % utilisent VoiceOver sur mobile

La question n'est pas nouvelle. En novembre 2023, une auditrice demandait sur la liste de diffusion RGAA si un audit mené sous Chrome, « le navigateur le plus utilisé par les internautes de notre site », était caduc. Le consensus du fil tient en deux idées : un audit sous Chrome seul n'est pas caduc, il est incomplet pour les critères qui exigent un lecteur d'écran ; et les combinaisons listées restent obligatoires, on peut seulement en ajouter. Un participant résumait la position stricte : « il vous suffit de tester avec Jaws et NVDA sous Firefox, en plus de MacOS/VoiceOver/Safari ».

Edge mérite une précision. Il repose sur Chromium, le moteur de Chrome, et n'a plus rien à voir avec Internet Explorer : les deux ne sont pas interchangeables au sens du référentiel, même si le comportement d'Edge avec JAWS ou NVDA est proche de celui de Chrome.

Le Luxembourg a déjà mis sa base à jour

Le Luxembourg, qui appliquait le RGAA 4.1, est passé au RAWeb 1.1. Sa base de référence ordinateur se lit désormais ainsi : NVDA (dernière version) et JAWS (version précédente) avec « Firefox ou Chrome ou Edge », VoiceOver (dernière version) avec Safari. Internet Explorer a disparu. La règle y est aussi plus exigeante : un composant doit être fonctionnel « sur l'ensemble des configurations suivantes », et non plus sur au moins une.

Côté français, le site de la DINUM annonce que « la version 5 du RGAA est en cours de rédaction, avec une publication prévue fin 2026 ». Rien n'est publié sur le contenu de sa base de référence à ce jour. Notre guide sur le RGAA 5 suit ce chantier.

Quoi tester, dans quel ordre : la grille de décision

Vous n'avez pas à choisir entre conformité et réalisme. Vous avez à les ordonner.

Votre objectifCombinaisons à testerStatut RGAA
Déclaration d'accessibilitéNVDA + Firefox, VoiceOver + SafariBase minimale
Audit fidèle au référentiel+ JAWS + FirefoxBase complète
Expérience réelle Windows+ JAWS + Chrome, NVDA + Chrome ou EdgeHors base, usages réels
Site grand public mobileVoiceOver + Safari, TalkBack + ChromeBase mobile
Intranet, parc maîtriséConfigurations réellement déployéesRemplace la base

Ligne par ligne :

  • Déclaration d'accessibilité : NVDA (dernière version) sous Firefox, puis VoiceOver sous Safari sur Mac. C'est la combinaison 1 de la base sans JAWS ni Internet Explorer, et NVDA est gratuit.
  • Audit fidèle au référentiel : ajoutez JAWS (version précédente) sous Firefox. Vous couvrez les deux lecteurs Windows de la base, et JAWS reste le lecteur principal de 42,8 % des répondants européens.
  • Expérience réelle des utilisateurs Windows : ajoutez JAWS + Chrome, puis NVDA sous Chrome ou Edge. Ce sont les trois premiers couples réels en 2026, hors base, mais c'est ce que vivent la majorité des personnes concernées.
  • Site grand public sur mobile : VoiceOver + Safari sur iOS, puis TalkBack + Chrome sur Android. La DINUM conseille les deux pour le grand public.
  • Intranet ou parc maîtrisé : testez les configurations réellement déployées. Elles remplacent la base de référence.

Trois règles pour ne pas y passer vos semaines :

  1. La base d'abord. NVDA + Firefox figure dans les deux combinaisons de référence. Un composant qui y échoue n'est pas compatible avec l'accessibilité au sens du RGAA, même s'il fonctionne parfaitement sous Chrome ou Edge.
  2. Les ajouts se concentrent sur les composants interactifs. Menus, onglets, modales, messages de statut, formulaires : ce sont les critères de la thématique 7 (scripts) et de la thématique 11 (formulaires) qui justifient une seconde combinaison. Inutile de relire tout le site sous quatre couples.
  3. Tout ce qui est testé s'écrit dans la déclaration. La rubrique « Environnement de test » du modèle DINUM attend la liste des combinaisons, avec les versions. Une déclaration qui n'en mentionne aucune se repère immédiatement.

Pour la prise en main, notre tutoriel NVDA et VoiceOver détaille l'installation et les premiers tests, et le comparatif NVDA, JAWS, VoiceOver explique ce que chacun révèle, ou masque. JAWS, par exemple, corrige certaines erreurs de balisage : c'est un atout pour l'utilisateur et un piège pour l'auditeur, qui peut croire un titre présent alors qu'il manque dans le code.

Ce que les comportements de navigation changent pour vos pages

L'enquête WebAIM ne dit pas seulement avec quoi les gens naviguent. Elle dit comment. Chaque comportement renvoie à un critère RGAA précis, et à une frontière claire entre ce qu'un scan détecte et ce qu'un test humain tranche.

Les titres sont la porte d'entrée. Face à une page longue, 67,8 % des répondants commencent par naviguer de titre en titre ; 88,3 % jugent les niveaux de titres utiles. C'est le critère RGAA 9.1 : l'information est-elle structurée par des titres appropriés ? Un scan repère un titre vide, un role="heading" sans niveau valide ou l'absence de H1. Savoir si un passage en gras fait office de titre sans être balisé reste un jugement humain.

Les régions sont peu utilisées, mais pas inutiles. Seuls 3,4 % commencent par les régions (landmarks), et 28,3 % s'en servent souvent, en recul par rapport à 2024 (31,8 %). Le critère 12.6 demande pourtant que les zones d'en-tête, de navigation, de contenu principal, de pied de page et de recherche puissent être atteintes ou évitées. Un scan vérifie la présence des balises et des rôles ; la pertinence du découpage, non.

Les liens d'évitement progressent. 37,7 % des répondants les utilisent toujours ou souvent, contre 31,2 % en 2021. Le critère 12.7 exige un lien d'évitement ou d'accès rapide au contenu principal. Un scan détecte son absence, un masquage par display:none qui le rend inatteignable au clavier, ou une position trop tardive dans la page. Le guide des liens d'évitement couvre les cas limites.

Les PDF passent mieux qu'avant, mais pas tout seuls. 85,6 % des répondants jugent probable de pouvoir utiliser un PDF, contre 75,1 % en 2019. Côté RGAA, le critère 13.3 demande qu'un document bureautique en téléchargement possède, si nécessaire, une version accessible. Un scan liste les documents liés et repère une alternative voisine ; la compatibilité réelle de chaque PDF se vérifie document par document.

L'IA n'a pas remplacé les alternatives. 60,1 % des répondants utilisent déjà une IA pour générer des descriptions d'images, et 49,7 % pour analyser des images complexes. Cela ne décharge pas l'auteur de la page : le critère 1.1 exige une alternative textuelle pour chaque image porteuse d'information, rédigée par celui qui connaît le contexte. Une description générée à la volée par le lecteur d'écran est un filet de sécurité, pas une conformité.

Un dernier chiffre, à méditer avant de choisir vos combinaisons : 83,9 % des répondants estiment que de meilleurs sites auraient plus d'impact que de meilleures technologies d'assistance.

Conclusion

La base de référence du RGAA 4.1.2 date de 2019 et nomme encore Internet Explorer ; les usages de 2026 se jouent sous Chrome et Edge. Tant que le RGAA 5 n'est pas publié, la règle reste la même : testez la base (NVDA + Firefox, VoiceOver + Safari, et JAWS si vous le pouvez), ajoutez un couple Chromium pour les composants interactifs, et consignez le tout dans votre déclaration. Le Luxembourg montre à quoi pourrait ressembler la prochaine base française.

Avant d'ouvrir NVDA, un scan automatique de votre page vous indique déjà les titres vides, les régions manquantes, les liens d'évitement absents et les documents à vérifier. Le test au lecteur d'écran porte alors sur ce qui compte : la restitution réelle de vos composants, dans les combinaisons que vos utilisateurs emploient vraiment.

Questions fréquentes

Peut-on réaliser un audit RGAA avec Chrome ou Edge au lieu de Firefox ?

Pas à la place, mais en plus. La base de référence du RGAA 4.1.2 exige qu'un composant soit pleinement fonctionnel sur au moins une des combinaisons listées, toutes sous Firefox, Internet Explorer ou Safari. Un audit mené uniquement sous Chrome ou Edge reste incomplet pour les critères qui exigent une restitution au lecteur d'écran. Vous pouvez en revanche ajouter Chrome ou Edge pour vous rapprocher des usages réels.

Faut-il acheter une licence JAWS pour auditer un site ?

Pour la base de référence stricte, NVDA (gratuit) sous Firefox suffit côté Windows, complété par VoiceOver sous Safari sur Mac. JAWS reste le lecteur d'écran principal de 55 % des répondants WebAIM en 2026 et de 42,8 % des répondants européens : le tester améliore la fidélité de l'audit, mais ce n'est pas une condition de conformité.

Que faut-il écrire dans la déclaration d'accessibilité à propos de l'environnement de test ?

Le modèle obligatoire de la DINUM comporte une rubrique « Environnement de test » où vous indiquez les combinaisons utilisées pour les vérifications de conformité, par exemple « Firefox et NVDA », « Safari et VoiceOver ». Listez chaque couple navigateur et lecteur d'écran réellement utilisé, avec les versions si possible.

Votre site est-il conforme ?

Ne prenez pas de risques avec l'accessibilité. Lancez un audit complet de votre site en quelques minutes et obtenez un rapport détaillé des corrections à apporter.