Accessibilité et marchés publics : les clauses qui tiennent
En Bref : L'essentiel à retenir
- Écrire « le site devra être accessible » dans un CCTP ne vous protège de rien : sans référentiel nommé, sans modalité de contrôle et sans conséquence contractuelle, la clause est déclarative.
- Le guide OECP publié par la DAJ et la DINUM en mai 2026 fournit des clauses types et recommande de pondérer le critère d'accessibilité entre 10 et 15 % de la note, porté à 15-20 % sur un projet fortement exposé.
- L'accessibilité doit apparaître dans quatre pièces distinctes : l'exigence au CCTP, le critère d'attribution au règlement de consultation, les pénalités au CCAP, et la vérification à la recette.
- L'article 47-1 de la loi de 2005 prévoit jusqu'à 50 000 € pour le manquement à l'accessibilité et 25 000 € pour les obligations déclaratives : deux plafonds distincts, pas un montant renouvelable.
La cause la plus fréquente d'un site public livré non conforme n'est ni le budget ni la compétence du prestataire. C'est le cahier des charges. Une exigence d'accessibilité rédigée en une ligne, sans référentiel nommé, sans modalité de vérification et sans conséquence contractuelle, ne crée aucune obligation exigible à la recette. Le prestataire n'a rien violé : il n'y avait rien à violer.
Depuis mai 2026, les acheteurs disposent d'un texte qui règle précisément cette question. Voici comment le traduire dans un dossier de consultation.
Important
Cet article est une aide à la rédaction, pas un conseil juridique. Faites valider vos clauses par votre service achats ou votre conseil.
Pourquoi « le site devra être accessible » ne vous protège pas
Testez votre propre CCTP avec une question simple : si le prestataire livre un site inaccessible, sur quelle phrase vous appuyez-vous pour refuser la livraison ?
Une clause opposable doit répondre à quatre questions, et la plupart des CCTP n'en traitent qu'une :
- Quel référentiel, dans quelle version. « Accessible » ne veut rien dire juridiquement ; « conforme au RGAA dans sa version en vigueur » désigne un texte et une grille.
- Quel périmètre. La totalité du service, ou l'échantillon d'audit ? Un taux de conformité mesuré sur cinq pages bien choisies ne dit rien du reste du site.
- Comment on vérifie. Audit de recette, par qui, à quel moment, sur quel échantillon.
- Ce qui se passe en cas d'écart. Sans pénalité ni refus de livraison, l'exigence est un vœu.
Le quatrième point est celui qu'on oublie le plus souvent, et c'est le seul qui donne du poids aux trois autres.
Ce que le guide OECP de mai 2026 a changé
L'Observatoire économique de la commande publique, avec la Direction des affaires juridiques de Bercy et la DINUM, a publié en mai 2026 un guide consacré à l'accessibilité numérique dans les marchés publics. Son apport n'est pas de créer une obligation nouvelle, l'article 47 de la loi du 11 février 2005 s'en charge depuis vingt ans. Il est de fournir la mécanique contractuelle qui manquait : des clauses types, une pondération recommandée pour le critère d'attribution, et un cadre pour les situations où la conformité intégrale n'est pas atteignable tout de suite.
Concrètement, l'acheteur cesse d'improviser. C'est aussi ce qui rend la clause plus solide en cas de contestation : elle s'appuie sur une doctrine publique et non sur une rédaction maison.
Les quatre pièces où l'accessibilité doit apparaître
L'erreur classique consiste à tout concentrer dans le CCTP. L'exigence technique y a sa place, mais elle ne produit d'effet que si trois autres pièces la relaient.
| Pièce | Ce qu'elle porte |
|---|---|
| CCTP | L'exigence technique et le référentiel |
| Règlement de consultation | Le critère d'attribution et sa pondération |
| CCAP | Les pénalités et le refus de livraison |
| Recette (VABF) | L'audit de vérification et son périmètre |
Sur le critère d'attribution, le guide recommande une pondération de 10 à 15 %, portée à 15-20 % quand le projet est fortement exposé, typiquement un portail usagers ou un site institutionnel. En dessous de 10 %, le critère existe sur le papier mais ne départage plus rien : un écart de prix de quelques milliers d'euros l'efface.
Sur les pénalités, le guide laisse le taux ouvert et prend 10 % comme exemple chiffré. Le point important n'est pas le pourcentage mais son déclencheur : une pénalité rattachée à un écart constaté lors d'un audit contradictoire est bien plus dissuasive qu'une pénalité de retard générique.
Si vous n'avez pas le temps de rédiger ces quatre blocs, notre générateur de clauses pour les marchés publics les produit à partir du guide, à adapter à votre consultation.
Le plan de progrès, ou comment ne pas mentir sur le calendrier
Il existe des marchés où exiger 100 % de conformité à la livraison revient à demander au candidat de s'engager sur ce qu'il ne maîtrise pas : reprise d'un site existant, brique progicielle imposée, contrainte technique documentée. Face à cela, deux mauvaises réponses circulent. Baisser l'exigence, ce qui revient à acheter de la non-conformité. Ou l'exiger quand même en sachant qu'elle ne sera pas tenue, ce qui déplace le problème à la recette.
Le guide propose une troisième voie, le plan de progrès : une mise en conformité progressive, avec un objectif de conformité intégrale et un délai que l'acheteur valide. C'est un dispositif transitoire et encadré, pas un permis de livrer inaccessible. Il se distingue nettement de la dérogation pour charge disproportionnée, qui suppose une démonstration au cas par cas et n'a pas vocation à couvrir un calendrier de projet.
Prévoir le budget, pas seulement la clause
Une exigence non financée est une exigence qui saute à l'arbitrage. Deux réflexes limitent le risque :
- Demander une ligne distincte pour l'accessibilité au BPU ou au DQE, plutôt que de la laisser fondue dans un forfait de développement. Une offre qui l'a chiffrée à zéro se repère immédiatement.
- Exiger que l'équipe compte une compétence identifiée sur le sujet, et demander qui, nommément, réalisera l'audit de recette. Notre article sur qui peut réaliser un audit d'accessibilité précise ce qu'on peut exiger sur ce point.
Ce que vous risquez si rien n'est écrit
Le risque n'est pas hypothétique, et il ne pèse pas sur le prestataire mais sur l'entité adjudicatrice. L'article 47-1 de la loi n° 2005-102 fixe deux plafonds distincts : jusqu'à 50 000 € pour le manquement à l'obligation d'accessibilité elle-même, et jusqu'à 25 000 € pour les obligations déclaratives, c'est-à-dire la déclaration d'accessibilité et les mentions à porter en page d'accueil. Les deux sanctions sont indépendantes. Une organisation peut manquer à l'une sans manquer à l'autre, et le détail des deux régimes est développé dans notre article sur les sanctions RGAA et EAA.
S'ajoute un coût rarement anticipé : la reprise. Corriger l'accessibilité d'un service déjà livré coûte davantage que de l'avoir exigée au bon moment, et l'addition retombe sur le budget de la collectivité, pas sur celui du titulaire dont le marché est soldé.
Conclusion
Une clause d'accessibilité tient sur quatre appuis : un référentiel nommé, un périmètre défini, une vérification organisée et une conséquence en cas d'écart. Le guide OECP de mai 2026 fournit la matière ; le reste est un travail de dossier de consultation, à mener une fois puis à réutiliser.
Le schéma pluriannuel d'accessibilité vient compléter l'ensemble côté acheteur : il documente la trajectoire de l'entité, là où le marché documente celle du projet. Et avant d'écrire la clause de recette, mesurez l'état réel du service concerné : cela vous dira si le sujet du marché est une refonte ou un rattrapage, et ces deux marchés ne se rédigent pas pareil.
Questions fréquentes
L'accessibilité est-elle obligatoire dans un marché public ?
Oui. L'article 47 de la loi du 11 février 2005, modifié par l'ordonnance du 6 septembre 2023, impose l'accessibilité des services de communication au public en ligne. Pour un acheteur public, cette obligation doit être traduite dans les pièces du marché : le guide OECP de mai 2026 recommande d'exiger la conformité au RGAA dans sa version en vigueur et d'organiser contractuellement son contrôle, faute de quoi l'exigence reste théorique.
Comment pondérer le critère d'accessibilité dans l'analyse des offres ?
Le guide OECP recommande une pondération de 10 à 15 % pour le critère de prise en compte de l'accessibilité numérique, portée à 15-20 % lorsque le projet est fortement exposé, par exemple un site institutionnel ou un portail usagers. En dessous de 10 %, le critère ne pèse plus assez pour départager deux offres.
Que faire si le prestataire ne peut pas atteindre 100 % de conformité ?
Le guide OECP prévoit un plan de progrès, dispositif transitoire et encadré : lorsque la conformité immédiate et intégrale ne peut être atteinte (reprise d'un existant, progiciel non maîtrisé, contrainte technique documentée), l'acheteur pilote une mise en conformité progressive dans un délai qu'il valide. Ce n'est pas une dérogation permanente, et cela se distingue de la dérogation pour charge disproportionnée.
Guides RGAA associés
Pour aller plus loin sur les sujets abordés dans cet article, consultez nos fiches techniques :
Chaque image porteuse d'information doit avoir une alternative textuelle pertinente via l'attribut alt. Les images décoratives doivent avoir un attribut alt vide.
Le contraste entre la couleur du texte et la couleur de son arrière-plan doit être suffisamment élevé (4.5:1 pour le texte normal, 3:1 pour le grand texte).
L'intitulé de chaque lien doit permettre de comprendre sa destination ou sa fonction, soit par l'intitulé seul, soit par l'intitulé complété par son contexte (phrase, titre de section, item de liste ou cellule de tableau).
Vidéos RGAA sur ce thème
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