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Technique6 mai 2026Mis à jour le 6 mai 202612 min

Sous-titrage automatique : est-ce suffisant pour le RGAA en 2026 ?

En Bref : L'essentiel à retenir

  • Le sous-titrage automatique brut n'est pas conforme au RGAA : taux d'erreur, absence de contexte sonore, mauvais découpage et code couleur Charte Arcom 2011 ignoré.
  • Depuis l'EAA, transposé en France par l'Ordonnance 2023-859 et le Décret 2023-931, les sous-titres font partie des exigences contrôlées par la DGCCRF et l'Arcom à compter du 28 juin 2025.
  • Pour le secteur public : jusqu'à 50 000 € par défaut d'accessibilité et 25 000 € pour absence de déclaration, renouvelables tous les 6 mois. Pour le secteur privé (EAA) : amende jusqu'à 7 500 € et astreinte de 3 000 €/jour plafonnée à 300 000 €.
  • La Charte Arcom 2011 fixe un cadre opérationnel : 12 à 15 caractères par seconde, 40 caractères par ligne (36 en mode strict broadcast), 2 lignes maximum, gap de 160 ms minimum, italique interdit, 6 couleurs codées pour les sourds et malentendants.
  • Le bon workflow : générer une transcription IA, corriger humainement, appliquer la Charte Arcom, exporter en VTT/SRT, vérifier dans un validateur.
VidéoRGAASous-titresCharte ArcomEAAMultimédia

Avec l'IA, le sous-titrage automatique est devenu la norme sur YouTube, TikTok ou LinkedIn. C'est pratique, c'est rapide, mais est-ce suffisant pour être conforme au RGAA, à l'EAA et à la Charte Arcom 2011 ? La réponse est sans appel : non, le sous-titrage automatique brut n'est pas conforme, et depuis le 28 juin 2025 ce manquement coûte cher.

Pourquoi l'automatique ne suffit pas ?

Le RGAA impose deux critères distincts pour les sous-titres :

  1. Critère 4.3 : les sous-titres doivent être présents et synchronisés.
  2. Critère 4.4 : les sous-titres doivent être pertinents.

C'est sur la pertinence que l'IA échoue. Voici les trois raisons principales.

1. Le taux d'erreur

Même avec 95 % de précision, cela fait 1 mot faux tous les 20 mots. Sur une vidéo de 5 minutes, cela rend le discours incompréhensible ou, pire, change le sens des phrases. "L'accessibilité" devient "la sensibilité", "RGAA" devient "RG2A", un nom propre devient un mot inventé. Pour une personne sourde, c'est inacceptable.

Le seuil empirique de lisibilité tourne autour de 99 %, ce qui exige systématiquement une passe humaine.

2. L'absence de contexte sonore

Le sous-titrage pour sourds et malentendants (SME) ne se limite pas à la parole. Il doit indiquer les bruits significatifs :

  • [Musique mélancolique]
  • [Applaudissements]
  • [Sonnerie de téléphone]
  • [Voix off depuis le couloir]

L'IA oublie systématiquement ces éléments contextuels, qui pèsent pourtant lourd dans la compréhension de l'ambiance et de l'intrigue.

3. La synchronisation et le découpage

Un bon sous-titre doit être lisible. Il ne doit pas apparaître trop vite, ni être trop long. L'IA coupe souvent les phrases au mauvais endroit, rendant la lecture hachée et fatigante. Elle ignore aussi le seuil de qualité Arcom du gap minimum (160 ms) entre deux sous-titres successifs, ce qui empêche le cerveau de distinguer deux répliques.

Le contexte juridique a profondément changé depuis 2024. Trois textes structurent désormais le contrôle des sous-titres en France.

European Accessibility Act (EAA)

La directive (UE) 2019/882, dite European Accessibility Act, est applicable depuis le 28 juin 2025. Elle étend les obligations d'accessibilité numérique au secteur privé : e-commerce, banque, transport, livre numérique, plateformes audiovisuelles. Les contenus vidéo entrent dans le champ dès qu'ils participent à la fourniture du service.

Ordonnance n° 2023-859 et Décret n° 2023-931

L'EAA a été transposé en droit français par l'Ordonnance 2023-859 du 6 septembre 2023 et son Décret d'application 2023-931 du 9 octobre 2023. Ces textes :

  • Étendent l'obligation RGAA à de nouveaux acteurs privés.
  • Créent les sanctions financières applicables depuis juin 2025.
  • Désignent des autorités de contrôle sectorielles : l'Arcom pour le secteur public et les médias audiovisuels, la DGCCRF pour l'e-commerce et les services aux consommateurs, l'ARCEP pour les communications électroniques, et d'autres autorités selon le secteur (ACPR, AMF, Banque de France).

Le barème des sanctions

Les montants diffèrent selon que l'organisme relève du secteur public ou du secteur privé (EAA).

Secteur public (Ordonnance 2023-859, contrôle par l'Arcom) :

ManquementMontantRenouvellement
Défaut d'accessibilitéjusqu'à 50 000 €renouvelable tous les 6 mois
Absence de déclaration d'accessibilitéjusqu'à 25 000 €renouvelable tous les 6 mois

Secteur privé (Décret 2023-931, contrôle sectoriel DGCCRF / Arcom / ARCEP…) :

ManquementMontant
Défaut de conformité (personne morale)amende pénale jusqu'à 7 500 € (classe 5), doublée en récidive
Astreinte journalière en cas de persistance3 000 € / jour, plafond 300 000 €

Concrètement, un service numérique privé qui ne corrige pas ses manquements après mise en demeure s'expose à l'astreinte journalière, dont le cumul peut atteindre 300 000 € avant renouvellement.

[!NOTE] L'absence de sous-titres conformes est l'un des manquements les plus visibles en audit. Une vidéo non sous-titrée se détecte en quelques secondes par un agent de la DGCCRF, là où d'autres non-conformités RGAA exigent un audit technique complet.

La Charte Arcom 2011 : le standard opérationnel français

Le RGAA dit ce qu'il faut faire (sous-titres présents et pertinents). La Charte du sous-titrage à destination des personnes sourdes ou malentendantes, publiée par le CSA en décembre 2011 (devenu Arcom), dit comment le faire. Elle reste la référence opérationnelle française, citée par les guides RGAA et les cahiers des charges publics.

Paramètres techniques imposés

  • Vitesse de lecture : 12 à 15 caractères par seconde (cps). Au-delà, le sous-titre devient illisible pour la majorité des lecteurs SME.
  • Longueur de ligne : 40 caractères maximum (sans code de mise en forme), 36 en mode strict (broadcast TV selon la Charte Arcom).
  • Nombre de lignes : 2 lignes maximum à l'écran simultanément.
  • Gap entre sous-titres : 160 millisecondes minimum, pour permettre la persistance rétinienne et le passage de l'œil au sous-titre suivant.
  • Italique : interdit en SME (illisible pour les malvoyants utilisant un agrandisseur).
  • Police : sans empattements (sans serif), corps suffisant.
  • Position : centré bas par défaut, jamais au-dessus d'un visage parlant.

Le code couleur SME (6 teintes)

C'est sans doute la spécificité française la plus mal connue. La Charte Arcom impose un code couleur strict pour distinguer la nature des éléments sonores. Aucun outil de sous-titrage automatique grand public ne le respecte par défaut.

CouleurUsageExemple
BlancLocuteur visible à l'écranDialogue principal, face caméra
JauneLocuteur hors champVoix off, personne hors cadre
RougeEffets sonores et indications[Porte qui claque], [Sonnerie]
MagentaMusique, paroles chantées♪ Paroles d'une chanson ♪
CyanPensées, narration intérieureVoix interne d'un personnage
VertLangues étrangèresDialogue en anglais, espagnol, etc.

Cette grille n'est pas optionnelle pour les médias audiovisuels publics et conventionnés. Pour le web, elle reste la meilleure pratique recommandée par les organismes français d'audit (Arcom, DINUM).

[!TIP] Les fichiers WebVTT permettent d'appliquer ce code couleur via CSS et balises <c.color>. Les fichiers SRT bruts non, ce qui les rend insuffisants pour un usage SME conforme.

Une solution pratique : générer puis corriger

Plutôt que de tout faire à la main, le bon workflow combine la vitesse de l'IA et la précision humaine. C'est exactement ce que propose notre outil interne Transcription vidéo accessible.

Comment fonctionne l'outil

  1. Vous collez l'URL d'une vidéo YouTube ou uploadez un fichier audio/vidéo.
  2. L'outil récupère les sous-titres manuels s'ils existent (chemin rapide), sinon il génère une transcription par IA en français.
  3. Un post-traitement automatique applique les règles Charte Arcom : reformatage 40 caractères max, vitesse 15 cps, 2 lignes max, gap 160 ms.
  4. Vous obtenez 3 exports prêts à publier : VTT (web), SRT (player vidéo), TXT (transcription textuelle).
  5. Vous relisez et corrigez dans un éditeur de sous-titres (par exemple notre éditeur de sous-titres ou Subtitle Edit).

Ce que fait l'outil, ce qu'il ne fait pas

L'outil fait :

  • La transcription brute multilingue.
  • Le reformatage automatique aux paramètres Arcom (cps, longueur de ligne, gap).
  • L'export VTT/SRT/TXT directement utilisable.

L'outil ne fait pas :

  • La validation 100 % conforme automatique. Une revue humaine reste obligatoire pour le contexte sonore, les noms propres, l'attribution des locuteurs et l'application du code couleur.
  • La création de l'audiodescription, qui reste un travail de production audio distinct.

C'est un gain de temps massif (de 5 à 10 fois plus rapide qu'un sous-titrage à partir de zéro), mais ce n'est pas une solution magique. La conformité RGAA et Arcom passe forcément par une passe humaine finale.

La bonne méthode : l'IA comme base, l'humain comme garant

Il ne faut pas jeter l'IA. C'est un outil de pré-production fantastique. Voici le workflow conforme et efficace en 2026 :

  1. Générez une transcription IA de votre vidéo (via notre outil ou YouTube).
  2. Reformatez automatiquement aux paramètres Arcom (cps, longueur, gap).
  3. Relisez et corrigez : noms propres, termes techniques, attribution des locuteurs.
  4. Ajoutez les indications sonores : [Bruit], [Musique], [Voix off].
  5. Appliquez le code couleur SME pour les médias professionnels.
  6. Vérifiez la synchronisation et le timing dans un éditeur visuel.
  7. Validez avec un outil dédié, par exemple notre validateur de sous-titres RGAA.
  8. Exportez en WebVTT pour le web, SRT pour les players, plus une transcription textuelle complète sur la page.

C'est seulement après ces 8 étapes que vos sous-titres deviennent conformes. Ne laissez pas un algorithme parler à la place de votre organisation.

Aller plus loin

Le sous-titrage n'est qu'un volet de la conformité vidéo. Pour aller plus loin, consultez nos articles complémentaires :

L'IA transforme de nombreux aspects de l'accessibilité. Découvrez notre analyse complète sur les opportunités et menaces de l'IA.

Conclusion

Le sous-titrage automatique brut, c'est NON pour le RGAA, NON pour la Charte Arcom, NON pour l'EAA. C'est un risque financier direct (jusqu'à 50 000 € d'amende renouvelable tous les 6 mois pour les organismes publics contrôlés par l'Arcom), un risque réputationnel (les associations de sourds documentent et signalent), et surtout une exclusion de millions d'utilisateurs sourds ou malentendants.

La bonne approche ne consiste pas à choisir entre IA et humain, mais à les combiner intelligemment : laisser l'IA produire un brouillon en quelques minutes, puis investir 30 à 60 minutes par vidéo pour la mise en conformité humaine. C'est dix fois plus rapide qu'un sous-titrage manuel, et c'est conforme.

Prêt à transcrire vos vidéos en respectant la Charte Arcom ? Notre outil de transcription vidéo accessible génère vos sous-titres aux paramètres Arcom en quelques minutes, prêts pour la relecture finale.

Votre site est-il conforme ?

Ne prenez pas de risques avec l'accessibilité. Lancez un audit complet de votre site en quelques minutes et obtenez un rapport détaillé des corrections à apporter.