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Actualités10 août 20247 min

Accessibilité Cognitive : Les oubliés du web

En Bref : L'essentiel à retenir

  • L'accessibilité cognitive, qui concerne des millions de personnes (dyslexie, TDAH, autisme, etc.), est souvent négligée.
  • La méthode FALC (Facile à Lire et à Comprendre) est un standard européen pour l'accessibilité, basé sur des règles simples : phrases courtes, vocabulaire simple et illustrations.
  • La conception web doit tenir compte de la charge mentale, en évitant le mouvement automatique, en utilisant l'espace blanc et en assurant la consistance du design.
  • Pour l'accessibilité cognitive, il est important de choisir des polices sans empattement (sans serif) et de permettre aux utilisateurs de modifier la police et la taille du texte.
CognitifInclusionFALCUX

Quand on parle d'accessibilité numérique, l'image qui vient souvent à l'esprit est celle d'une personne aveugle utilisant un lecteur d'écran ou d'une personne à mobilité réduite naviguant au clavier. Pourtant, cette vision est incomplète. On oublie souvent la catégorie la plus vaste et la plus diversifiée : le handicap cognitif.

L'accessibilité cognitive vise à rendre les contenus web utilisables par les personnes ayant des difficultés à traiter l'information. Dyslexie, troubles de l'attention (TDAH), autisme, ou simplement le vieillissement cognitif... Cela concerne des millions de personnes.

Dans cet article complet, nous allons explorer comment concevoir des interfaces inclusives qui bénéficient à tous, en dépassant les clichés sur les déficiences intellectuelles pour s'intéresser à l'expérience utilisateur globale.

Comprendre la diversité des profils

Il est crucial de comprendre que l'accessibilité cognitive ne concerne pas uniquement les personnes souffrant de handicaps mentaux sévères. Le spectre est beaucoup plus large et inclut des situations que nous pouvons tous rencontrer.

Une définition élargie de la "situation de handicap"

La notion de situation de handicap est fondamentale. Une personne peut avoir des difficultés de compréhension pour des raisons très variées :

  • Permanentes : Un trouble de l'apprentissage comme la dyslexie ou un trouble du spectre de l'autisme.
  • Temporaires : Une commotion cérébrale, une dépression sévère ou la prise de médicaments affectant la vigilance.
  • Situationnelles : Un état de stress intense, une grande fatigue, ou simplement le fait de naviguer sur un site complexe dans une langue que l'on maîtrise mal.

En concevant pour ces profils, vous améliorez l'expérience de tous vos utilisateurs. Qui n'a jamais été frustré par une administration en ligne au jargon incompréhensible après une longue journée de travail ?

Les principaux types de handicap cognitif

Pour mieux concevoir, il faut connaître les différents types de handicap cognitif et leurs impacts sur la navigation web.

1. Les troubles de la lecture et du langage (Dyslexie, Dysphasie)

Pour ces utilisateurs, le texte peut sembler "danser", les lettres se mélanger, ou le sens des phrases complexes se perdre.

  • Impact web : Difficulté à lire de longs blocs de texte, confusion entre des polices similaires, fatigue visuelle rapide.

2. Les troubles de l'attention (TDAH)

L'attention est une ressource limitée. Les distractions visuelles ou sonores peuvent rompre le fil de la navigation.

  • Impact web : Difficulté à se concentrer sur une tâche si des bannières clignotent, risque d'abandon si le processus est trop long ou non guidé.

3. Les troubles de la mémoire

Cela concerne la mémoire à court terme (mémoire de travail) ou à long terme. C'est fréquent avec le vieillissement, mais aussi après des traumatismes crâniens.

  • Impact web : Oublier où l'on se trouve dans le site, oublier le mot de passe créé 5 minutes avant, difficulté à suivre des instructions en plusieurs étapes si elles disparaissent.

4. Les troubles des fonctions exécutives

Cela touche la capacité à planifier, organiser et résoudre des problèmes.

  • Impact web : Difficulté à comprendre comment remplir un formulaire complexe, panique face à un message d'erreur technique, difficulté à prendre des décisions face à trop d'options.

Le FALC : Facile à Lire et à Comprendre

La méthode FALC est une méthode de référence en Europe pour rendre l'information accessible. Elle repose sur des règles simples qui profitent à tous (y compris à l'utilisateur pressé sur mobile).

Les règles d'or du FALC appliquées au web :

1. Phrases courtes et structure directe

  • Mauvais : "Nonobstant le fait que la validation de votre dossier soit soumise à des délais incompressibles..."
  • Bon : "Votre dossier sera validé dans 3 jours."
  • Utilisez la structure Sujet + Verbe + Complément. Évitez les formes passives et les doubles négations.

2. Vocabulaire simple et courant

  • Évitez le jargon technique ou administratif. Si un terme complexe est obligatoire, expliquez-le immédiatement ou proposez un lien vers un glossaire.
  • Remplacez "Veuillez procéder au règlement" par "Payez".

3. Illustrations et pictogrammes

  • Une image vaut mille mots, surtout pour les personnes ayant des difficultés de compréhension textuelle.
  • Associez un pictogramme clair à chaque action importante (une loupe pour chercher, une maison pour l'accueil). Attention : utilisez des symboles standards, ne soyez pas trop créatifs au détriment de la clarté.

Design et charge mentale : apaiser l'interface

Pour les personnes avec un trouble de l'attention ou de l'autisme, un site web moderne ressemble souvent à un parc d'attractions bruyant et clignotant. C'est épuisant et anxiogène.

1. Maîtriser le mouvement

Le mouvement automatique est l'ennemi n°1 de l'attention.

  • Stop aux carrousels automatiques : Laissez l'utilisateur faire défiler le contenu.
  • Pas de vidéos en autoplay : Le son et l'image ne doivent pas démarrer sans action.
  • Animations douces : Si vous utilisez des animations, assurez-vous qu'elles ne soient pas trop rapides ou "flashy" (risque de crises pour les personnes épileptiques, mais aussi simple distraction pour les TDAH). Respectez la préférence média prefers-reduced-motion.

2. L'importance de l'espace blanc

L'espace vide (ou espace négatif) n'est pas de l'espace perdu. C'est de l'oxygène pour le cerveau.

  • Aérez vos contenus. Des paragraphes de 20 lignes sont des murs infranchissables.
  • Découpez l'information en petits blocs digestes (chunking).
  • Utilisez des listes à puces plutôt que des longues énumérations dans le texte.

3. La consistance est rassurante

La prévisibilité réduit la charge cognitive. L'utilisateur ne doit pas réapprendre à utiliser votre site à chaque page.

  • Le menu de navigation doit être identique partout.
  • Le bouton "Retour" ou le fil d'Ariane doivent toujours être au même endroit.
  • Les boutons ayant la même fonction doivent avoir le même aspect visuel.

Typographie et lisibilité

Le choix de la police est critique pour l'accessibilité cognitive.

  • À éviter : Les polices avec empattements (Serif) trop fines, l'italique (difficile à lire pour les dyslexiques), et les textes tout en majuscules (qui gomment la forme des mots).
  • À privilégier : Des polices sans serif (Arial, Verdana, Open Sans, Atkinson Hyperlegible) avec une bonne hauteur de x et des caractères bien distincts (le I majuscule, le l minuscule et le 1 ne doivent pas se ressembler).
  • Mise en page :
    • Alignez le texte à gauche (le texte justifié crée des "rivières" de blanc qui gênent la lecture).
    • Interligne d'au moins 1.5.
    • Lignes de 80 caractères maximum.

Implémentation technique : aider l'utilisateur

Le code et la logique du site jouent aussi un rôle majeur.

1. Authentification et Sécurité

Les CAPTCHAs classiques (reconnaître des feux rouges, lire un texte déformé) sont un cauchemar pour de nombreux utilisateurs avec des déficiences intellectuelles ou visuelles.

  • Solution : Privilégiez des méthodes alternatives (honeypot, authentification par email, WebAuthn/Biométrie). Ne bloquez pas le copier-coller dans les champs de mot de passe (les gestionnaires de mots de passe sont une aide cognitive précieuse).

2. Gestion des erreurs

Un message d'erreur rouge disant "Erreur 500" ou "Champ invalide" est stressant et inutile.

  • Soyez explicite : Dites exactement ce qui ne va pas et comment le corriger.
    • Mauvais : "Format date invalide."
    • Bon : "La date de naissance doit être au format JJ/MM/AAAA (ex: 12/05/1990)."
  • Suggérez la correction : Si possible, proposez la bonne orthographe ou le bon format.

3. Gestion du temps

Les sessions qui expirent trop vite sont une source majeure d'anxiété et d'échec. Une personne avec des difficultés de lecture ou motrices a besoin de plus de temps.

  • Évitez les limites de temps si elles ne sont pas strictement nécessaires (enchères, sécurité bancaire).
  • Si une limite existe, prévenez l'utilisateur bien avant la fin et donnez-lui un moyen simple de prolonger la session (un simple bouton "J'ai besoin de plus de temps").

Conclusion

L'accessibilité cognitive, c'est finalement de l'ergonomie et de l'UX poussées à l'excellence. En simplifiant vos interfaces, en clarifiant votre langage et en apaisant vos designs, vous ne servez pas "juste" une minorité. Vous rendez service à l'utilisateur fatigué, à l'utilisateur stressé, à l'utilisateur vieillissant... bref, à tout le monde.

Intégrer ces pratiques, c'est construire un web plus humain, plus résilient et véritablement universel. C'est reconnaître que l'intelligence humaine est diverse et que la technologie doit s'adapter à nous, et non l'inverse.

Votre site est-il conforme ?

Ne prenez pas de risques avec l'accessibilité. Lancez un audit complet de votre site en quelques minutes et obtenez un rapport détaillé des corrections à apporter.