Accessibilité cognitive : charge mentale, FALC et critères RGAA
En Bref : L'essentiel à retenir
- Le handicap cognitif est le moins bien couvert par le RGAA : une poignée de critères le touchent, aucun ne le traite frontalement.
- Cinq critères portent une composante cognitive réelle : 13.1 (limites de temps), 13.8 (mouvement), 11.10 et 11.11 (erreurs de saisie), 12.2 (navigation stable).
- Le reste relève de la conception, pas de la conformité : longueur des phrases, densité, prévisibilité, charge de mémoire de travail.
- Le FALC est une méthode distincte du RGAA : la respecter ne rend pas conforme, et être conforme ne rend pas compréhensible.
L'image du handicap numérique reste celle du lecteur d'écran. Le handicap cognitif, qui touche la lecture, l'attention, la mémoire et la planification, est à la fois le plus répandu et le moins outillé, y compris par le référentiel lui-même.
Il faut le dire d'emblée, parce que c'est la question qu'on nous pose le plus souvent : le RGAA ne couvre le cognitif que marginalement. Cet article distingue ce que le référentiel exige réellement, ce qui relève de la conception sans être opposable, et où passe la frontière avec le FALC.
Ce que le RGAA exige réellement
Le RGAA 4.1.2 transpose les WCAG 2.1, dont les critères portent majoritairement sur la perception et l'utilisation motrice. Cinq critères ont une composante cognitive directe :
| Critère | Ce qu'il demande | Enjeu cognitif |
|---|---|---|
| 13.1 | Contrôle de toute limite de temps modifiant le contenu | Une session qui expire pendant la lecture met en échec |
| 13.8 | Contenu en mouvement ou clignotant contrôlable | Le mouvement automatique capte l'attention et empêche la lecture |
| 11.10 | Contrôle de saisie pertinent dans les formulaires | Un rejet sans explication bloque net |
| 11.11 | Suggestions facilitant la correction des erreurs | Savoir quoi corriger, pas seulement qu'il y a une erreur |
| 12.2 | Menu et barres de navigation toujours à la même place | La prévisibilité économise la mémoire de travail |
Le délai d'expiration de session relève du 13.1, et les animations du 13.8. Les CAPTCHA visuels, eux, méritent une mention à part : ils constituent une barrière cognitive parmi les plus dures, et se traitent comme détaillé dans notre article sur les CAPTCHA et l'accessibilité.
Ce que cette liste ne contient pas est aussi instructif. Aucun critère n'exige un langage compréhensible, une charge d'information raisonnable, ou un parcours prévisible. Un site peut être conforme au RGAA et rester impraticable pour une personne dyslexique. C'est une limite reconnue des WCAG 2.x, et c'est précisément le chantier du groupe de travail COGA au W3C.
Les profils, et ce qu'ils changent concrètement
La situation de handicap cognitif n'est pas réservée à un diagnostic. Elle est permanente (dyslexie, trouble du spectre de l'autisme), temporaire (commotion, traitement médicamenteux, dépression) ou situationnelle (fatigue, stress, langue mal maîtrisée). Concevoir pour ces profils, c'est concevoir pour tout le monde à un moment ou à un autre.
Troubles de la lecture. Les longs blocs compacts deviennent infranchissables et la fatigue arrive vite. Ce qui aide : des paragraphes courts, des intertitres réguliers, un texte aligné à gauche.
Troubles de l'attention. L'attention est une ressource finie que toute animation ponctionne. Ce qui aide : pas de mouvement automatique, pas de lecture automatique, une seule tâche visible à la fois.
Troubles de la mémoire de travail. C'est le profil le plus souvent oublié. Ce qui aide : ne jamais exiger de retenir une information affichée à l'écran précédent. Un code affiché puis masqué, un récapitulatif qui disparaît à l'étape suivante, un mot de passe à recréer de mémoire sont des échecs classiques.
Troubles des fonctions exécutives. Planifier, organiser, décider. Ce qui aide : réduire le nombre d'options simultanées, indiquer où l'on en est dans un processus, expliquer ce qui va se passer avant que ça se passe.
Le versant conception de ces profils est développé dans design et handicaps cognitifs.
Typographie : ce qui est établi
Le Dyslexia Style Guide de la British Dyslexia Association (édition 2023) donne des recommandations chiffrées, ce qui en fait une base plus solide que les affirmations courantes sur le sujet :
- Police sans empattement d'usage courant : Arial, Verdana, Tahoma, Century Gothic, Trebuchet, Calibri, Open Sans.
- 12 points au minimum, davantage selon le contexte.
- Interligne d'au moins 1,5.
- Texte aligné à gauche, sans justification. La justification crée des espacements irréguliers qui gênent le suivi de ligne.
- Éviter l'italique, les majuscules et le soulignement sur des passages longs.
- Fond légèrement teinté plutôt que blanc pur.
Une précision utile : les polices spécifiquement conçues pour la dyslexie n'ont pas démontré de supériorité sur ces sans serif courantes. L'essentiel du gain vient de la mise en page, pas du dessin des lettres. Le sujet croise directement nos guides sur la taille de police et le choix de la famille typographique.
Astuce
Notre simulateur de dyslexie permet de faire ressentir l'effort de lecture sur vos propres textes. C'est un outil de sensibilisation, utile pour convaincre une équipe, pas une mesure de conformité.
Le FALC : une méthode distincte, pas un critère
Le FALC (Facile à Lire et à Comprendre) est une méthode de rédaction européenne portée par Inclusion Europe. Elle repose sur des phrases courtes en structure directe, un vocabulaire courant, et l'appui de pictogrammes.
Le point que l'on confond systématiquement : aucun critère du RGAA n'exige de produire du FALC. Les deux dispositifs sont complémentaires et non substituables. Le RGAA garantit que l'information est techniquement atteignable ; le FALC qu'elle est compréhensible. Un audit de conformité ne démontre pas la seconde.
Notre guide qu'est-ce que le FALC détaille la méthode, un exemple de texte FALC montre le résultat, et FALC ou langage clair explique pourquoi les deux ne se confondent pas non plus entre eux.
Réduire la charge : quatre gestes qui portent
Maîtriser le mouvement. Pas de carrousel automatique, pas de lecture automatique, et respect de prefers-reduced-motion. C'est le seul point de cette section qui soit aussi une exigence de conformité, au titre du critère 13.8.
Aérer. L'espace blanc n'est pas de la place perdue, c'est ce qui rend un bloc abordable. Découper en unités courtes, préférer les listes aux énumérations dans le corps du texte.
Rester prévisible. Le menu au même endroit, le fil d'Ariane au même endroit, les boutons de même fonction de même aspect. Le critère 12.2 l'impose pour la navigation ; l'esprit vaut pour tout le reste.
Expliquer les erreurs, pas les signaler. « Format date invalide » indique qu'il y a un problème sans dire lequel. « La date doit être au format JJ/MM/AAAA, par exemple 12/05/1990 » permet de le corriger. C'est la différence entre le critère 11.10 et le 11.11, et c'est celle qui décide si un formulaire est franchissable.
Comment vérifier
Il n'existe aucun outil qui mesure la compréhensibilité. Aucun scan ne dira qu'une phrase est trop longue ou qu'un parcours exige trop de mémoire. Trois méthodes praticables :
- Lire l'interface à voix haute. Ce qui accroche à l'oral accroche à la lecture.
- Faire parcourir le service à quelqu'un qui ne le connaît pas, sans l'aider, en notant chaque hésitation.
- Traquer les dépendances mémoire. À chaque étape, se demander : l'utilisateur doit-il se souvenir de quelque chose qui n'est plus affiché ? Si oui, réafficher.
Ce qu'il faut retenir
L'accessibilité cognitive est le domaine où l'écart entre conformité et utilisabilité réelle est le plus grand. Cinq critères RGAA en couvrent une part, et il faut les tenir. Tout le reste, langage, densité, prévisibilité, charge de mémoire, relève d'un travail de conception qu'aucun audit ne réclamera et qui décide pourtant si le service est utilisable.
C'est aussi le domaine au meilleur rendement : ce qui allège la charge cognitive d'une personne dyslexique allège celle de l'utilisateur pressé, fatigué ou distrait, c'est-à-dire de la majorité.
Questions fréquentes
Le RGAA couvre-t-il le handicap cognitif ?
Partiellement, et c'est une limite connue du référentiel. Le RGAA 4.1.2 transpose les WCAG 2.1, dont les critères portent majoritairement sur la perception et l'utilisation motrice. Cinq critères ont une composante cognitive directe : 13.1 sur les limites de temps, 13.8 sur les contenus en mouvement, 11.10 et 11.11 sur le contrôle et la correction des erreurs de saisie, 12.2 sur la stabilité du menu. Aucun n'exige un langage compréhensible, une charge d'information raisonnable ou un parcours prévisible. Un site peut être conforme et rester impraticable pour une personne dyslexique.
Le FALC est-il obligatoire pour être conforme au RGAA ?
Non. Le FALC (Facile à Lire et à Comprendre) est une méthode européenne de rédaction, portée par Inclusion Europe, indépendante du RGAA. Aucun critère du référentiel n'exige de produire du FALC. Les deux se complètent : le RGAA garantit que l'information est techniquement atteignable, le FALC qu'elle est compréhensible. Respecter l'un ne dispense pas de l'autre, et les confondre conduit à surestimer ce qu'un audit de conformité démontre.
Quelle police choisir pour les personnes dyslexiques ?
Une police sans empattement d'usage courant suffit. Le Dyslexia Style Guide de la British Dyslexia Association recommande Arial, Verdana, Tahoma, Century Gothic, Trebuchet, Calibri ou Open Sans, à 12 points au minimum, avec un interligne d'au moins 1,5, un texte aligné à gauche sans justification, et sans italique ni majuscules sur de longs passages. Les polices spécifiquement conçues pour la dyslexie n'ont pas démontré de supériorité sur ces sans serif courantes : le gain vient surtout de la mise en page.
Comment tester l'accessibilité cognitive d'une interface ?
Aucun outil automatique ne la mesure : il n'existe pas de moyen de calculer si une phrase est compréhensible ou si un parcours est prévisible. Les approches praticables sont la lecture à voix haute des textes de l'interface, le test du parcours par une personne qui ne connaît pas le produit, et la vérification qu'aucune étape n'exige de retenir une information affichée à l'écran précédent. Le simulateur de dyslexie donne une idée de l'effort de lecture, sans remplacer un test avec des utilisateurs concernés.
Guides RGAA associés
Pour aller plus loin sur les sujets abordés dans cet article, consultez nos fiches techniques :
Chaque champ de formulaire doit avoir une étiquette (label) qui lui est liée explicitement.
Chaque image porteuse d'information doit avoir une alternative textuelle pertinente via l'attribut alt. Les images décoratives doivent avoir un attribut alt vide.
L'intitulé de chaque lien doit permettre de comprendre sa destination ou sa fonction, soit par l'intitulé seul, soit par l'intitulé complété par son contexte (phrase, titre de section, item de liste ou cellule de tableau).
Vidéos RGAA sur ce thème
Pour voir ces sujets en action, regardez les épisodes vidéo correspondants :
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